Estime de soi, lâcher prise et toutes ces choses psy

Publié le 24 Septembre 2012

Estime de soi, lâcher prise et toutes ces choses psy

Tous ces trucs à la mode dont on parle dans les journaux, toujours question de développement personnel, coaching mental, bien être etc. Au boulot aussi d'ailleurs, et les stages fleurissent partout, charlatans, aideurs, béquilles, éleveurs d'âme, intéressés par nos sous ? De tout pour faire un monde, sans doute.

Envie de m'y mettre aussi après tout, ça ne ferait pas de mal à la paumée de sa race que je crois être (là encore, ne suis sûre de rien).

Sans doute en me voyant les mecs, ou les nanas, car j'aimerais manger à tous les rateliers, en bouffer de la pelouse et des sucettes à l'anis d'Annie, mais Ann(i)e ma soeur Anne, je ne vois rien venir, sans doute en me voyant les mecs ne peuvent pas se douter à quel point je suis marrante, légère, sans retenue, et prête à tout pour quelques grammes de plaisir ; ah elle est belle ma pudeur. Car je trimbale en permanence un air chiffonné, une conversation sinistre (récapitulative des maladies mortelles de mes connaissances sur plusieurs générations, par exemple), et des vêtements jamais sexy, sauf quand je rentre de vacances de bord de mer, ce qui m'arrive quelques fois par an, et c'est tant mieux.

Mais même la mine mignonnement dorée, voire marron, les jambes découvertes et le pied mutin, il n'y a que les vieux (de mon âge, minimum) qui me fixent un tant soit peu dans les yeux, après avoir fait un détour par le décolleté.

Ce n'est pas tant que je cherche à me faire éclater la rondelle, quoique, mais enfin des années d'abstinence alors qu'on a pas fait voeu de chasteté, qu'on n'est pas au couvent ni en prison, et là il pourrait y avoir des ouvertures (vers le divin, ou le divan), et bien quoi flûte.

Bon j'arrête de faire sembler de me choquer, rien ne va plus, ce langage n'est attractif en rien, ni fleuri ni ordurier, ni cru ni cuit, ni même sincère, surtout. Pourtant l'envie d'une peau contre la mienne (on dirait du Véronique Sanson, c'est mièvre et ça me fait gerber - d'envie ?) est bien là, mais comment arriver à mes f(a)ims ? Rien ne m'arrivera jamais plus ? Trop cloche, trop cruche, trop duduche, même du haut de mon mètre soixante-sept et demi (je me tasse), trop nunuche façon Tatie Danièlle ? Oui je sais tout. Vite, aller m'inscrire dans un de ces stages de PD, non rien de gay, dommage, juste du développement personnel, je viens d'acquérir pour une modique somme chez Mona Lisait un bréviaire des meilleures adresses pour se faire du bien à l'égo , et ce à Paris (éd. Parisgramme, 2008). Si je réussis à me dérider et à m'aimer un peu, le monde m'aimera-il mieux ? Ne nous excitons pas, on n'en est pas là.

D'ailleurs, je n'arrête de répéter les actions qui sont censées me faire du bien, telles que décrites et conseillées dans la presse à longueur de pages : déstresser, prendre du temps pour soi, aller seule au cinéma, s'offrir de petits plaisirs, se promener, les expos tout ça... Je fais ça quasi depuis que je suis née ! Suis la reine du shopping frénétique, à coups de dépenses somptuaires comprises entre 1,50 et 45 euros, mais fréquentes, et rapprochées ! Alors que le compte courant n'est pas extensible (courant pour un compte). Je passe mon temps à me promener... A lire ce qui me plaît... Toujours auto-centrée, il est vrai. Regarde autour de toi ma vieille ! Retrouve le goût du travail ! Bon, question boulot, OK pour ce qui est de la maison et de mes petits papiers et de ma créativité en sommeil... Mais ne comptez-pas sur moi pour retrouver mon élan infini de générosité des premières années de rédécouverte du statut de salarié et de taf retrouvé, bien fini de gaspiller ma précieuse énergie, souffle de vie, élan vital, toutes métaphores bien senties mais désormais superflues à destination d'une institution séculaire, dans laquelle je ne suis qu'un misérable rouage, à peine remercié souvent vilipendé, toujours ignoré. Je revendique mes récriminations, mon acrimonie (par souci d'assonnance) et ma distanciation souveraine, et toc. Ou na (mot d'enfant, selon les mots croisés ; qui a jamais prononcé "Na !" étant enfant ?).

Courage, fuyons, mais retrouvons-nous d'abord, pour mieux trouver les autres ? I hope so. Allons-y pour le zen, le yin, le yang (je préfère la mangue, personnellement), et un peu de confiance en soi dans ce monde de brutes (où les yeux sont battus et le café frappé, comme twitte Bernard Pivot). Vite, des références plus actuelles, parce que la grande duduche et Monsieur Apostrophes, ça vous place dans une classe d'âge plus vite que votre ombre, allons réfléchissons, Sandrine Kiberlain ? François Busnel ? Ca va, j'ai gagné 10 ans...

Retrouver mon livre (trouvé idiot) sur le "training autogène" de Schultz, me répéter "Chaque jour je vais de mieux en mieux et ce genre de couénneries. Lire le skippylegrandgourou Christophe André dont on nous bassine les louanges, monsieur "estime de soi" himself. Bon, qu'il m'en donne un peu. Car je suis la reine de l'auto-dévalorisation, excusez-moi mon champagne est tiède, ma pâte à tarte n'est pas maison et le plat que j'ai mis deux heures à préparer ne saurait être parfait, vous ne m'en direz pas des nouvelles. Je le sais bien qu'il ne faut pas parler (de soi) ainsi, c'est le meilleur moyen que les autres pensent comme vous, sans plus se poser de questions. Les gens ont bien trop à faire pour s'intéresser à l'invisible, à ce qui est caché sous le fond de teint. Ce qui est caché sous ma jupe (juste sous le genou, à peu près les 30 cm au dessus du sol prescrits par Christian Dior dans les années 50) risque bien de le rester, les ombres ne font pas grande impression. Ma grande tu te fais du mal. Je précise cette information importante, mon message d'accueil ouvrant ma session de téléphone portable (un Samsung même pas avec la 3G, d'ailleurs je ne sais même pas ce que c'est) me lance à chaque ouverture un joyeux "Alors, ma grande ?", un genre de "Alors heureuse" que nul ne m'a jamais dit, mais qu'est ce qu'ils attendent ? Ben, un peu de développement personnel, peut-être ?

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Plus facile, aller toutes les semaines chez le coiffeur, pour se faire du bien ? Mon abonnement chez Bubble, les coiffeurs à sec et à 10 euros... Adore me faire papouiller le cuir chevelu, un peu papoter, un moment d'intimité, où on forme un couple, le coiffeur-la coiffeuse et soi. Hélas, à Bubble pas de shampooing, juste un peu d'eau pulvérisée avant le passage des ciseaux. Et puis, Alec de la Madeleine, le grand Israëlien homo qui écoute Mozart et Céline Dion, coupe vraiment trop mal.

Rien de mieux pour ces rencontres aiguisées que les "salons Ginette", c'est comme ça qu'on appelle les salons de coiffure de province. Ils portent mon deuxième prénom caché, dont j'ai un peu honte (mais qui est bien visible sur ma CNI).

Sophie Ginette à l'état-civil, comme ma marraine, ma tante qui se fiche pas mal de moi et du fait de m'avoir légué ce prénom démodé et vulgaire, fleurant la sueur des filles de la rue, les vieilles Ginette Leclerc empâtées. Qui s'appelait en fait Geneviève, la vraie origine de mon prénom mal famé, ça a une autre gueule, la sainte patronne de Paris. Las, même la grande bibliothèque du quartier latin est surnommée sainte Ginette.

Je ne suis qu'une vieille Ginette, qui ne va pas plus chez le coiffeur qu'aux stages de développement personnel. Mes cheveux se raréfient, mais ma chair se développe bien, elle.

Estime de soi, lâcher prise et toutes ces choses psy

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #psychologies

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