Bien du plaisir, ou pas

Publié le 28 Juillet 2015

Jim Morrison & the Doors of perception, et Arletty toute nue
Jim Morrison & the Doors of perception, et Arletty toute nue

Jim Morrison & the Doors of perception, et Arletty toute nue

L'illumination

Allez pas de honte je publie ce brouillon, suis trop contente de relater, une fois n'est pas coutume, mes tout derniers états de jouissance, du jamais senti auparavant (que c'est long, que c'est bon, chantaient le groupe Odeurs de Ramon Pipin, c'est tout à fait ça). Lust for life.

Trop d'années imbéciles sont passées où il ne s'est rien passé, tellement longtemps je n'avais pas fait l'amour comme ça. Suis toute chose tout le temps, toute mouillée et toute titillée par les investigations non stop du mari oui c'est inouï c'est impensable. Si fière de moi et remplie de plénitude extatique sainte Thérèse c'est moi, avec deux doigts dans le cul. Shocking mais non c'est que du bon. L'ai même écrit avec une certaine jouissance sur le compte-rendu que je devais rendre à un médecin, au réveil suite d'une toute récente nuit passée avec des capteurs partout. Dans le nez et sur le t-shirt, pour une recherche d'apnée du sommeil, un papelard destiné au pneumologue sur lequel je n'ai pas hésité à mentionner : "Activité sexuelle entre 23 H 3O et 1 h du matin". Proud Mary. Depuis on a fait mieux, des cinq heures durant de plaisir entre le soir et le matin, l'amour trois fois par jour. Bon courage au pneumologue pour décrypter le rythme de ma respiration et le gonflement de mon abdomen grassouillet et bronzé, ça a décoiffé tout le début de la nuit, et mes rêves n'ont pas dû être tristes non plus. C'est malin, je vais passer à côté d'un diagnostic objectif, à cause des râles poussés en lieu et place de mes ronflements (légers) habituels. Examen à refaire, mais toute seule au lit. Bref comme pendant toute l'année et demie passée.

Envie de jeter là ces sensations qui ne m'étaient je crois jamais arrivées. A tel point que le lendemain matin de cette première, la première nuit érotique avec mon mari depuis très longtemps, bien avant notre séparation, me suis rappelée que dans mon rêve de la nuit, aux sensations toutes fraiches encore, je nous croyais lui et moi drogués, pour avoir pu ressentir tout ça. Oui, nous avions bien dû prendre de la drogue, pour atteindre cette plénitude. Impossible d'avoir vécu dans la réalité, dans la vraie vie, pour un couple bancal comme nous, qui ne nous entendons plus, c'est de notoriété publique. Impression de déception, trop dommage, c'était l'effet de la drogue, what else ? Si la raison s'empare de mes rêves... Mais non c'était bien vrai, pince moi je rêve, on était vivants au monde, pleine conscience à tous les étages.

Sans drogue mais dans un état de transe tout de même, sans avoir rien bu non plus, juste îvres de nous mêmes. Une longue longue cérémonie initiatique, un parcours de trois heures hors du temps, couchés tous les deux dans le noir éclairé de l'orange des lumières de la rue, à travers la porte d'entrée vitrée, Royan city. Flottant dans la musique des Nocturnes de Georges Lang sur RTL, la nuit du jeudi 23 juillet 2015. C'était si bon. Entre autres les Doors, Jim Morrison à la voix si rauque, portes de la perception grandes ouvertes. Ma sensuelle play list, la bande son du désir.

Première Heure

BARRACUDA - HEART
DEVIL WITH THE BLUE DRESS MEDLEY - BRUCE SPRINGSTEEN & E STREET BAND
ROCK AND ROLL - LED ZEPPELIN
GREEN RIVER - CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL
ROCKIN' ALL OVER THE WORLD - STATUS QUO
END OF THE LINE - TRAVELING WILBURYS
DON'T BRING ME DOWN - ELECTRIC LIGHT ORCHESTRA
DRIVE MY CAR - THE BEATLES
A KIND OF MAGIC - QUEEN
BARCELONA - FREDDIE MERCURY w/ MONTSERRAT
WHEN THE MUSIC'S OVER - THE DOORS
YOU KEEP ME HANGIN' ON - VANILLA FUDGE

Deuxième Heure

BABA O' RILEY - THE WHO
LUCKY MAN - EMERSON, LAKER & PALMER
JESUS IS JUST ALRIGHT - THE DOOBIE BROTHERS
ISN'T IT A PITY - JONATHAN WILSON w/ GRAHAM NASH
OH WELL - FLEETWOOD MAC
THE END - THE DOORS
CRAZY HORSE - JOHN TRUDELL
WITH GOD ON OUR SIDE - THE NEVILLE BROTHERS
MAIN THEME - PINK FLOYD

Back to the future, explications. Ta da ! Jeudi 23/7 dernier, revenant avec lui à minuit d'un concert à Meschers de Michael Jones (un Gallois sympa qui a "un pote retraité à Marseille, vous le connaissez pas, c'est un retraité"), je suis tombée dans le trou d'Alice la tête la première, sans comprendre ce qui m'arrivait, j'ai vécu comme un rêve tout ce qu'on s'est proposé l'un à l'autre, sans paroles et en musique.

Il m'a attrapée vite vite à la sortie des toilettes, faisant glisser mon bermuda à peine remonté, alors que je sortai de popo pas tout à fait nettoyée, pour m'entraîner dans la salle de bains, me déshabiller complètement, entrer dans la baignoire à ma suite, debout à côté de moi, pour me/nous laver partout avec le savon qui glisse. Whaatza, je suis plus que surprise, je suis sur un nuage.

Pendant deux trois heures au son suave des Nocturnes de Georges Lang nous avons vécu ensemble ce qui restera une de mes expériences les plus sensuelles, le truc qu'on rêve qu'il vous arrive quand on a 17 ans, et j'en ai trois fois plus.

Caresses et écoute du corps de l'autre. Sans parler, juste toucher et laisser vibrer. Des moments de rêve, de grâce infinie. J'ai osé et j'ai aimé lui présenter, comme jamais fait, ma croupe et ma vulve ouverte de toutes les façons, cambrée ou à genoux dans le lit, arcboutée souvent. Massée, massant, lustrée, lustrant. Une jouissance continue qui n'aurait pas cessé si nous n'avions pas eu sommeil. Au fil de ses doigts magiques glissants, et de ses léchages et caresses.

Un défilé de sensations et de gémissements non stop de part et d'autre.Quelque chose de formidable et de bouleversant. Au son du rock de RTL tout du long. Merci la jalousie comme déclencheur, avec moi en Pandora in the box laissant ouvertes tout grand les portes restées fermées si longtemps.

La jalousie

Tout ça cette merveille des merveilles, ce cantique des cantiques, c'est arrivé grâce à ma jalousie. Toute honte bue je l'avoue, moi toujours fouineuse - "mais quand on cherche c'est toujours qu'il y a une raison", dira ma gynéco consultée à ce sujet... Tard dans la nuit du lundi 20 juillet, en surfant sur canapé en 3G sur l'i-phone du mari endormi dans la chambre, j'ai trouvé par hasard des SMS, puis des mails, dont la lecture frénétique, douloureuse et stupéfaite m'a laissée pour morte. Pas dormi de la nuit après avoir pris connaissance de la correspondance virtuelle échangée par lui et cette femme, son amoureuse de terminale au lycée Corneille. Tragédie à venir.

Je savais qu'il avait renoué via Facebook avec cette artiste peintre connue, qu'ils s'étaient revus il y a un an ou deux, lors de vernissages. Ont vécu un flirt poussé à l'époque du lycée, en 1973, lui 19-20 ans elle 14-15 (sacrément précoce), mais "trop jeune pour lui". L'amoureuse lycéenne avait quand même promis de ne faire d'enfant "qu'avec lui" et n'en a pas eu avec un autre.

Les tableaux de la femme sont formidables, baroques, foisonnants. Une peinture comme une louange charnelle à toute la création, d'une sensualité incroyable. Elle décrit son travail comme un "corps à corps", sur ses vidéos on la voit humecter, lisser, déchirer le papier, du plat de la main, de la pulpe des doigts, avant le passage des poils du pinceau. Elle sait rendre à merveille le velouté et le tendu de la peau, au plus près de la palpitation de la vie, l'humain l'animal le végétal. Sur ses Descentes de Croix, ses Christ ont des ventres émouvants, creux et musclés. Offerts, pas incarnés façon hostie. On en lècherait, du corps du Christ. Le sexe caché se devine par omission, on ne voit que ça, la semence divine. Vade retro Divitas ; de bien belles images qui ne doivent pas tomber sous les yeux du mari, serait prêt à s'agenouiller...

http://illustrations.oliviercharpentier.com/index.php/le-bestiaire-ou-cortege-dorphee/

Stupeur et tremblement. Je n'avais pas pris la mesure de la signification de leurs retrouvailles, lui en quête d'une copine, elle si heureuse sans doute de ce retour inespéré d'un joli moment de jeunesse. Important quand on a comme eux aujourd'hui la soixantaine ou presque, vieux motard que j'aimais.

Je ne sais rien de leurs échanges, ne m'en préoccupais pas. Vivais dans une sorte de confiance perpétuelle en la bravitude de mon mari, toujours présent à mes côtés, de plus ou moins loin. Pas préoccupée par des histoires d'infidélité, de trahison. De bien grands mots, ne nous ressentais plus comme un couple amoureux, mais comme un vieux couple que nous sommes, redevenus affectueux et attentifs, un peu. Didier dira de toute cette époque : "On était en marche vers la réconciliation". Je n'avais jamais fouillé dans ses messages, ne me serait jamais venu à l'idée. Son ordinateur portable, son téléphone toujours posés au coin d'une table, innocents. M'en servais à Royan pour communiquer avec mes airbnb, ma petite entreprise, profiter de sa 3G. Mon doigt a "ripé", allé trop loin dans le temps, arrive au 31 mai. Tiens, Icelle, son amie peintre, qu'est-ce-qu'ils peuvent bien se raconter ? J'ai ouvert les messages, curieuse je l'avoue. Provocation du hasard.

Dans le texte

Par ordre anté-chronologique, l'écran affiche leurs trois derniers messages, datant du 31 mai, plus d'un mois et demi avant.

Elle : "Surtout si tu me vois encore mieux !!! Tu me reconnaîtras !!! je ne suis pas belle mais je suis vivante !!!!!"

Lui : "T'es surtout bête... mais ça ne se voit pas à l'oeil nu"

Elle : "Mais toi tu l'as vu !! C'est l'avantage de se balader les yeux tout nus... On voit tout quitte à attraper des rhumes... C'est très courageux..."

Au début je n'y comprends rien. Mais de quoi parlent-ils ? "Belle", "vivante", "tout nus", ces expressions éveillent ma curiosité, me font un peu peur. Il y a là un degré d'intimité que je ne soupçonnais pas. Les imaginais-je en train de parler de l'actualité, de la météo ?

Les mots de la femme sont brefs, écrits vite vite, à l'inverse de sa peinture si travaillée et exigeante. Dans ses messages, elle use de petites phrases courtes, lâchées comme des impulsions pures. Là pas d'orthographe, des points et des virgules en décoration accrochée, des majuscules qui expriment l'intensité du message, délivré brut de pomme. Toujours une sensualité affleurante, les messages de l'artiste sont torrides quand on sait lire entre les lignes.

"Aurais tu un autre possible la semaine prochaine ???? Il fera peut être beau on pourra aller flâner dans les herbes..." (mai 2015).

"Ton heure sera la mienne pour notre flânerie dans les herbes", répond-il. "Libre comme l'air à partir de mercredi".

Elle : "Free.... jeudi ????" Rendez-vous pris. Puis manqué. "De toute façon l'herbe était mouillée pour notre batifolage", se console-t-elle.

Elle semble attendre bien plus de lui, après leurs quelques rencontres, restées au stade des conversations complices, entre restos, visite d'ateliers et vernissages. A-t-elle eu ce qu'elle désirait, je ne peux pas tout deviner entre les lignes.

"Don't go breaking my heart", Elton de mon adolescence viens me consoler, le mien de coeur tout brisé par leurs mots : les siens à lui, les siens à elle qui évoquent les liens du corps et le désir. Leur innocence trompeuse, leur mystique sensuelle qui m'est facile à déchiffrer... Transparents comme de l'eau de roche clairefontaine, ou de la bave d'escargot.

Mars 2014 : "Ici aussi on est mouillés. Les escargots frétillent dans la cour de l'atelier... je les mets de côté un par un, bien sûr je ne sépare pas les AMOUREUX, gros boulot".

Fixation gastéropode récurrente : je vois sur son Facebook que déjà, le 26 mars 2013 elle écrivait : "Ce matin, dans le jardinet de l'atelier, c'était le printemps. TORRIDE non ???????", sous une photo prise par elle, deux escargots étroitement unis, tout entortillés et dressés. Une de ses amies commente : "Ode à l'amour".

En a t-elle fait une peinture, des lumas en rut ? Aussi charnelle que celle des éléphants amoureux à la trompe mêlée, dont elle a gratifié mon mari en septembre 2013. Il a eu vite fait d'accrocher la  reproduction de son grand tableau à l'huile "Baiser d'éléphants" au dessus de sa télé... Baiser animalier et torride ça va sans dire. Plus qu'une allusion lourde (ce qu'elle n'est pas) à son physique un rien pachydermique, voir dans ce cadeau l'envie qu'il voie son oeuvre tous les jours, qu'il pense à elle souvent (quand on offre un tableau à quelqu'un, par ce genre de cadeau exhibitionniste et intrusif, si si, n'est-ce pas le but recherché ?).

Dans un article consacré à sa technique de peintre animalière, elle dira plus tard : "puis quand l'animal me manque, quand il me semble loin, prêt à s'effacer loin de moi, je le fixe sur ma toile pour qu'il ne parte pas. Peindre c'est aussi ne pas se séparer".

Le but était atteint, pendant des jours et des jours il n'a pensé qu'à elle, aux baisers d'éléphant qu'il aimerait bien lui donner. Il pense à elle tous les jours, moi je vous le dis ! L'escargote frétille, c'est le printemps, il est bien temps de se rapprocher enfin du corps de son joli souvenir de terminale.

Arlette

Ils ont aussi des conversations qui volent plus haut que les mollusques rampants. Bien sûr, il lui a fait lire sa pièce, la grande histoire de son année 2014. Je n'ai appris qu'il avait écrit une oeuvre dramatique, déposée à la SACD, que récemment. C'est sur Arletty, sur ses mois d'emprisonnement à la Libération. Ca s'appelle "Loin du Paradis". Il l'a faire lire à plein d'amis, sa famille : frère, soeur, enfants... sauf à moi. Je n'existais plus. A elle, il écrit : "Ton avis m'est plus que précieux"... Jalousie, encore.

Bien sûr elle est bon public, elle applaudit déjà des deux mains au premier rang. Elle aura une invitation avant moi. Il y a paraît-il une "scène d'amour" dans la pièce, une seule.

"Je n'ai pas fait beaucoup de progrès en scènes d'amour", la prévient-il (très subliminal). La séquence émotion met en scène un jeune gardien de prison (projection du Baptiste des "Enfants du Paradis", face à Arletty/Garance. Les deux sont sur le bord du lit de l'actrice prisonnière, dans sa cellule. Ils se penchent l'un vers l'autre, s'enlacent, le noir se fait.

Elle a aimé la pièce, et sa scène d'amour. "Ta pièce est un régal ! C est vivant et sensible. J'aime bien quand elle dit "je ne suis pas belle, je suis vivante", c'est très beau ça comme idée. Quant à moi (mais bon le théâtre n'est pas "mon lieu") je trouve la scène d'amour bien, à demi mot .... Sans doute parce qu elle te ressemble ou pour être plus exacte elle ressemble à ce qui de toi fait saillie pour moi ...Pudeur et sensibilité"

Mon mari répond : "Tu as identifié sans coup férir ma réplique préférée". Bingo, mais quelle communion d'esprit. La phrase que je répète tout le temps est l'une de répliques cultes des "Enfants du Paradis". Elle est chargée d'érotisme, reprise par mon mari dans ses propres dialogues. Je reprends tout ça plus loin, ce n'est pas rien.

Reprenons l'explication de texte" au niveau au dessoud de la ceinture, pardon Garance. "La scène d'amour... ressemble à ce qui de toi fait saillie de toi pour moi : pudeur et sensibililté". C'est bien joli tout ça, quel beau programme. Tout ce qu'elle aime chez lui, quoi.

Cette expression si imagée, choisie avec autant de soin qu'une nuance ou une taille de pinceau, "ce qui fait saillie de toi pour moi". Avec mes gros sabots de jalouse, je n'hésite pas à réduire sa jolie expression ambigüe à un sens beaucoup plus prosaïque. "Saillie", vous avez dit "saillie" ?Monsieur mon mari ne lui a sans doute pas dit que sa gourmandise et son obésité (son ventre très proéminent, mais pas flasque) lui ont valu un diabète type 2 installé depuis longtemps, qui l'a rendu impuissant ou presque. Pas très saillant en tout cas. Que je suis méchante avec mes saillies.

Le pauvret doit avoir été, ou être encore en proie à bien des hésitations : y aller ou pas. Je ne sais rien, je suppute à tour de clavier. Car j'ose la provocation, il se sait non bandant (comme elle se dit bien "sans genou mouvant" parfois, suite à un accident). [Lui aussi pauvre éclopé en ce moment, il a une phlébite depuis le début de l'été (enfin un membre enflé), et n'est pas des plus sexy en bas de contention noirs. On rit un peu].

Bref il ne bande plus, ne bande pas, hormis des petites érections du matin. Ou n'en ressent peut être même plus, comment vérifier, de toute façon elles arrivaient bien trop tôt pour mes grasses matinées. C'est ce qu'il me disait, pour que je lui foute la paix sans doute. Nos épitaphes à venir, façon Yvonne Printemps, enfin froide, Pierre Fresnay, enfin raide.

Pas de désir de sa part. Enfin c'est ce que je croyais, qu'il n'avait plus de désir. Envers moi, c'est sûr. Pour les autres... Malade de jalousie. Tout ça m'a bouleversée, cauchemars au petit matin, aux premières heures du jour quand je sombre enfin dans le sommeil. Toute la nuit passée à lire et relire, dans le désordre, sans logique, leurs échanges.

L'ont-ils fait, l'amour ? Souvent, combien de fois ? Combien de rencontres ? Que se disent-ils au téléphone, dans les cafés, dans les galeries, dans l'atelier ? Est-ce encore seulement le flirt de leur jeunesse qui continue, prêt à éclore ou est-il arrivé à maturité, transformé en un bel amour partagé ? "Je te raconte tout ça et plus car AFFINITÉ", écrit-elle, tout est clair.

La décision (back to Royan plage)

Réveil aux yeux rouges, il ne voit rien. Va-t-on continuer à s'ignorer comme ça ? Pour le moment je ne peux pas le regarder, je fuis à la plage pendant qu'il est parti prendre son petit déjeûner ailleurs, comme toujours. Déjà qu'il dort dans la chambre à côté dans le lit à une place, c'est nouveau. Même pas le plaisir de sentir quelqu'un à mes côtés, après toutes ces nuits toute seule.

Pleure des rivières à Foncillon, étendue en gisante sur le sable chauffé à blanc. Même l'eau de mer soyeuse autour de moi ne me console d'aucune façon. Le soleil est noir. Une jolie famille est venue s'installer tout près de ma serviette, leur bonheur me fait du mal. La petite fille me regarde pleurer en silence derrière mes lunettes de soleil. Coup de vent, fracas dans les rochers au dessus de moi. Je n'ouvre pas les yeux, je me fous de tout. Leur parasol est passé tout près de ma tête ; pas grave, qu'on en finisse. Je rentre en somnambule. Il m'a préparé du maquereau, tous deux à table dans le jardin. Ne peux pas desserrer les dents. "Tu fais la gueule ?" Il remonte. Je claque la porte, laissant la vaisselle dans l'évier et lui devant le Tour de France.

Sur le chemin de la corniche, la vision d'une petite fille chauve sous son foulard, à vélo avec sa famille me remet un peu les idées en place. Il y a de plus grands malheurs. Quelque centaines de mètres plus loin sur la plage du Chay, froidement déterminée à crever l'abcès je l'appelle pour lui demander de venir me retrouver au Koud à Koud (joke depuis), pour "tout m'expliquer". Je ne vais pas garder ça pour moi. Il faut même que j'en informe la blogosphère.

Il arrive en voiture dix minutes plus tard. Devant un café, l'air sincèrement étonné, il fait (en riant) le "compte de ses forfaits". Expliquer quoi, qu'est-ce qu'il a fait de mal ? "C'est à quel sujet ? l'argent ? les enfants ? les maîtresses ?" Fait semblant de réfléchir, "non, rien, zéro, je ne vois pas".

Je domine la situation (du haut des marches seulement), je ne lâche rien. J'attends qu'il en vienne au fait tout seul. Ca traîne, il m'énerve, quelle mauvaise foi. Je descends vers la plage. Je le plante là pour la deuxième fois de la journée. Qu'il arrête de se foutre de moi.

Le temps de finir son café, et de griller sa clope, il vient me chercher sur la plage (j'ai pris soin de rester apparente), il s'assied sur la serviette à côté de moi. C'est déjà un beau premier pas de fait. On arrive enfin à son elle, à son aile, l'objet de ma haine. Qui n'est il se récrie qu'"une bonne copine qu'il a été très content de retrouver", qu'il aime bien qui est "très marrante" mais qu'il trouve "un peu chiante" ("autant que toi", dit-il) et "pas très belle", "un peu vieille", "ridée" même. Quel goujat roublard, elle n'est pas mal du tout sur ses vidéos. Me voilà rassurée (pour cinq minutes).

On discute à l'ombre d'un rocher, c'est une vraie conversation entre deux personnes, pas juste un de nos échanges habituels "qu'est-ce qu'on mange" ou "qu'est-ce qui passe à la télé". On parle comme on ne l'a pas fait depuis longtemps. Je lui rappelle leurs SMS, qui me fâchent, il consent à les relire avec moi sur l'écran de son i-phone. Eux deux "n'ont rien fait" (encore), il me le garantit. "Je ne peux pas te dire que l'idée ne m'est pas passée par la tête". Mais il a eu peur de "mal la baiser", et surtout de briser la relation avec son mari, qu'elle semble aimer tendrement. "Puis j'aurais peur de me prendre un coup de fusil", rit-t-il aussi. Rare moment de confidence.

Me regardant dans les yeux : "Je ne pense pas du tout à elle. On ne s'est vus que trois ou quatre fois, il n'y rien du tout entre elle et moi, c'est juste une bonne copine". Manquer défaillir de soulagement. Choisir de le croire.

Il repart, je reste seule sur la plage, de bien meilleure humeur que le matin. Plus légère. Envie de me baigner encore et encore, mon esprit rendu à moi même. Je peux à nouveau faire face au monde. L'orage arrive, les maîtres-nageurs font sortir les baigneurs de l'eau. C'est vrai que les coups de foudre c'est dangereux... Me laisse tremper par la pluie drue, la sens à peine, elle me lave de ma tristesse.

Rentre toute guette à la maison, en ramassant au passage des graines de rose trémière, pour la première fois depuis le début du séjour. Semailles à venir. Suis toute salée, mais pas de mes larmes cette fois. Je prends une vraie douche chaude. Comme une évidence, sans préméditation, je me glisse dans le grand lit un peu dur, dans lequel je dormais seule depuis huit jours, il est 17 h. On est tous les deux en vacances dans l'appartement, il n'y a que nous deux. Je l'appelle, miracle il vient (ça devait être la pub à la télé). Je suis si soulagée qu'il veuille bien entrer sous les draps pour se laisser câliner, de toute urgence, mon adulte consentant.

Me demande très vite de lui sucer le sexe. Ca faisait si longtemps que je n'avais pas revu ce petit ami, j'en pleurerais, j'en pleure en cachant mes larmes. Sauf que son petit paquet sent horriblement l'urine, monsieur n'est pas très propre en vieux garçon célibataire scotché devant le Tour. Bref pas un rapport transcendant (c'est comment, au fait ?), mais un big hug de calin avec nos doigts et nos bouches un peu partout. Me rassénère tellement, d'enfin sentir mon corps dessiné par quelqu'un, après tout ce temps toute seule. Toujours bon à prendre.

Deux jours se passent, sans autre relation intime. Il continue à coucher dans la chambre d'à côté. J'imagine que ce contact sera mon seul et unique rapport 2015, du genre fugace qui ne laisse pas de traces et ne nous rapprochera pas. Comme LA fois unique de 2014 (il me montra un matin de vacances d'avril qu'il était content de trouver quelqu'un - c'était moi - dans son lit à Royan, déjà vieux garçon qu'il était depuis un mois ; ou LA fois de 2013, où j'avais dû me jeter sur lui au sol de la douche italienne d'un hôtel Mercure, en Bretagne). Mon corps n'est pas vraiment usé, personne ne s'en sert. Quelle idiote je suis de ne pas avoir réitéré ma tentative d'approche aquatique, en thalasso à Saint-Jean-de-Monts le mois dernier, il aurait peut être accepté cette douche de pluie et de sensations, ça ne coûtait rien d'essayer. Si, il me fallait bien être complètement chamboulée comme ce jour de juillet, pour avoir osé passer outre son diktat édifié une fois pour toutes, au sujet de l'impossibilité de nos rapports : moi bonne à rien et lui sans désir. Désormais je ne croirais plus à "ses boniments" (une expression de ma grand-mère, à qui on ne la faisait pas...)

Aussi je n'ose rien espérer, ne pas s'emballer. Il se passera peut être quelque chose en 2016, une fois par an c'est notre rythme de croisière no love boat. Je n'y pense même plus, j'occulte ça, ça me ferait de la peine tiens s'y j'y pensais, si je me faisais des idées, moi qui suis tellement toute seule. Me crois condamnée à l'être à vie, Frigide Barjo c'est moi, il me l'a dit cent fois.

M'enfin ça doit bien me rester dans un coin de la tête, un peu l'impression d'un état de grâce, il m'a touchée je n'ai pas rêvé ? Aussi je ne parle de rien qui fâche (je fais attention), je veux qu'on reste copains comme ça, ça nous a rapprochés, une plume d'ange de nos campagnes nous a effleurés.

Deux jours se passent. Restos et concerts le soir. Plage l'après midi. Apéro sympa, gin fizz et éperlans frits au Koud à Koud, le retour, on est presque un couple.

Le troisième jour, suis ressuscitée. Sommes ressuscités.

L'embellie

Sonnez musettes, résonnez hautbois. Y'a du nouveau. Dès le vendredi matin (le 24 juillet, au réveil des Nocturnes de Georges, faut suivre), nous avons remis ça et encore et encore, le père de mes trois enfants et moi. Soir, nuit et matin, depuis plus de huit jours maintenant. On ne se lâche plus, suffit de se regarder pour avoir envie de se déshabiller tout de suite. Mes sens s'aiguisent, il me dit "insatiable, incroyable", lui itou. On ne se débrouille pas mal du tout, malgré le manque d'expérience, la méconnaissance du corps de l'autre (30 ans de mariage), et les moyens du bord... Précision d'importance (ou superflue ?), mon nouveau monde merveilleux de l'amour retrouvé s'est organisé sans pénétration de son sexe ailleurs que dans ma bouche. Toujours pas de coït, encore loin de la double péné (non suis-je sotte, il faudrait être trois !), car il a du mal à bander, quelle que soit la qualité de mes prestations.

Moi peu glorieuse je crois être trop étroite, alors je ne la ramène pas. Cette histoire d'étroitesse m'inquiète, et m'embête. C'est pas dans cette configuration que je vais devenir un sex symbol. Il faut dire que voulant terminer agréablement une soirée, lui endormi à mes côtés, je ne suis pas arrivée à m'introduire le flacon de gel Durex pourtant prévu à cet effet façon gode ; ça brûle grave, ça ne rentre pas. Bien moins que dans le cul de monsieur by the way (mais il est beaucoup plus grand de partout que moi). Rendez-vous pris chez la gynécologue.

Mais big jouissance quand même, étroite ou pas, avec les doigts, et son corps à mes côtés. Il me dit que je suce admirablement, que je suis bonne, que je suis la meilleure. J'aime ça, j'aime tout sentir, je coule de plaisir. "Pour une qui souffre de sècheresse vaginale, me dit-il, tu repasseras". Tant mieux je suis trop contente, je suis toute ouverte par ses dix doigts et sa langue et je crie fort. C'est la fête dans ma petite salle de bal.

Merci internet pour le conseil du gel d'huile de coco bio première pression à froid (le sourire complice du vendeur chez Bio c' Bon !) qui rend tout meilleur, ne nous quitte plus et tache irrémédiablement les draps. J'adore aussi lui enfoncer un ou deux doigts entre les fesses (quand il veut), son anus est incroyablement ouvert et sensible, un régal. Bien propre, la feuille de rose la sent presque. Viens d'apprendre que ça s'appelle un anulingus, de plus en plus pratiqué dans les chaumières. Il n'arrête pas de me faire pareil, tout glisse. Il me dit qu'il faudra qu'on visionne ensemble sur le net les vidéos qui l'excitent, des séances de fist-fucking ou les femmes hurlent, un avant bras entier introduit dans le con ou le cul. Hé la, j'en suis pas là. Mais mmmh la texture douce de nos deux peaux et de nos muqueuses surexcitées, toutes ces courbes, toute cette géographie sensitive à réinventer tout le temps. J'en redemande.

Au bureau, au casque, j'écoute en boucle Emily Loizeau toujours, parce que Seigneur "Ses baisers le grisaient", un texte de Boris Vian. C'est tout à fait ça, comme (plus ringard) la vieille chanson de Richard Anthony, "Qu'est ce qui m'arrive aujourd'hui je suis amoureux de ma femme". Je me plais à mettre sur ma page Facebook le clip torride de Jean-Louis Murat, "Over and over", un homme qui se désape en marchant dans la verte Auvergne, en voilà une belle de "flânerie dans les herbes".

Finalement je suis désirable, ça me donne une pêche d'enfer. Je cours immortaliser mon éphémère beauté lors d'une séance photo pour renouvellement de badge professionnel. J'irradie. Je mesure tout ce que ne n'ai pas pu et su être, faute de son regard bienveillant sur moi jusqu'à présent. Et le devoir conjugal, merde, ça compte pour des prunes ? Aujourd'hui, par quel miracle me dit-il qu'il adore mes fesses mes poitrines ma motte mes troutrous, tout le saint frusquin.

M'appelle sa petite chérie, son amour, je fonds. Il me fait rire pendant l'amour, j'avais oublié combien il pouvait être marrant, en amant et en copain. Elle me l'avait bien dit, la vieille copine de lycée, quand je n'avais pu m'empêcher de me présenter à elle à l'un de ses vernissages, où il n'était pas, fin 2013. Ses premiers mots pour moi, avant les mondanités d'usage, les seuls dont je me souvienne furent : "Vous avez beaucoup de chance d'être mariée à Didier, il est adorable", ceci dit les yeux dans les yeux. Tremble, carcasse, frissonnai-je.

Du jamais vu depuis how much time, Didier est bel et bien "adorable". En tout cas, j'adore être au lit avec lui. C'est peut être la jalousie qui décuple mes sens comme ça, qui me font trouver si mignons ses cheveux bouclés, vu qu'elle les aime tant, et oui il frisent plus quand c'est humide. Toujours ça qu'elle n'aura pas, pas aujourd'hui. "Look what I can do with just a fiber of my sex", se chantaient Lewis Furey et Carole Laure, mes chanteurs érotiques, regarde comment je me déchaine et tout ce que je sais faire.

Il me montre qu'il aime jouer avec moi, même en bandant à peine il se tord et pleure de plaisir quand je le pompe ou fait courir mes doigts lêvres, bouche du haut bouche du bas, sur son doux gland qui mouille, comme de la cyprine au masculin, il préfère dire "liquide séminal". Son méat coule pas, vieille blague entre nous, si il coule, mea culpa. Il a joui fort en éjaculant sur ma peau une fois ou deux depuis nos ébats sans cesse renouvelés, toujours en se masturbant. Il a une façon de faire gonfler son pénis en serrant entre le pouce et l'index la base de sa verge. Il m'apprend à le faire. C'est presque ça, c'est dur et la veine saille, je caresse et je lèche ce sexe presque en érection avec passion, mais ni assez long ni solide pour me pénétrer. Il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps, une plus belle que moi serait frustrée à la longue je le sens.

Anyway, on est comme deux adolescents sans cesse à se toucher, on s'embrasse dans la rue, on se glisse malicieusement au moins une fois par jour : "Qu'est ce qui nous arrive ?" Il me caresse les jambes sur son canapé devant la télé - trop de plaisir à regarder avec lui Punch Love, comédie romantique à la James Bond avec Emma Thomson et Pierce Brosnan, divorcés se retrouvant, la soixantaine épanouie - je suis plus jeune seulement 53, lui 61. Bref deux vieux ados incroyablement chaud bouillants.

Comme depuis huit jours je ne pense qu'à ça et ne suis qu'une sensation sur pattes, j'ai cherché sur le net si c'était possible ça, cette sexualité satisfaisante et presque parfaite, car basée sur l'écoute de soi, de l'autre, sur le lâcher prise et le temps généreux. Mais sexualité sans l'acmé de l'orgasme très haut placé, ni pour lui ni pour moi. Vivons ensemble une espèce de sexualité perpétuelle, on pourrait rester toute la journée à se faire du bien par devant par derrière. Temps infini rendu possible par sa non bandaison : comme il ne bande pas - la jolie expression, the "legendary hard on", un compliment de sa femme à Nathan son mari volage, si contente de l'avoir retrouvé (pour un temps seulement) dans The Affair. Hard non pour Didi-mari, pas bien dur mais ça ne l'empêche pas d'avoir joui quelques fois en éjaculant. Alors, tous les deux des "peine à jouir" ? Non, ça se passe autrement, d'une autre façon, qui n'a pas tous les avantages mais a celui du temps qui dure. C'est long et c'est bon. Comme une contrepêterie belge, il fait beau et chaud, aussi.

Ces beaux tableaux puissants et crus, sur la jouissance féminine, par le peintre Paul Rebeyrolle (1926-2005), la série "Hommage à Courbet", à son Origine du monde, 1993

Hommage à Courbet, L'Origine du monde, Paul Rebeyrolle

Hommage à Courbet, L'Origine du monde, Paul Rebeyrolle

Le ressassement

Tout baigne dans l'huile de coco alors ? Nos ébats qu'on peut bien qualifier d'amoureux nous ont rapprochés évidemment. Il m'aime plus qu'avant, c'est rien de le dire, je le regarde autrement, je l'adore. Il me dit des mots d'amour que je sens véritables, je réponds tout pareil. Mais je n'arrive pas à être heureuse carpe diem, je pense toujours au temps gâché et perdu, je ne suis pas toujours tout à fait dans le moment et dans l'instant et dans ses bras.

Je n'avais pas fait l'amour comme ça depuis des lustres, entre mes 40 ans et maintenant, mes plus belles années. Ne se rattrapera pas. Ne sais plus combien, ne veux pas compter, j'ai occulté. Je ne peux lui pardonner de m'avoir laissée tomber pendant si longtemps, de ne pas m'avoir regardée du tout. Le tabou de la non-sexualité, n'oser parler à personne de l'absence de désir de la part du compagnon, même pas au médecin. Vécue comme un ostracisme, une honte, à taire en cette époque ou la sexualité épanouie est la norme revendiquée. Veuve comme ma mère, comme mes grand-mères. Vieille avant l'heure. La femme invisible, tiens je ne me regardais même plus dans les miroirs, le maquillage posé devant la vitre du métro le matin, sous les regards des voyageurs. Un peu de noir aux yeux et de rouge à lêvres pour faire semblant, pas de risque que des baisers viennent me l'effacer.

Son antienne égoïste toutes ces années : "C'est normal pour un homme de ne plus désirer sa femme après tant d'années-Aucun homme ne baise plus sa femme après vingt ans-Tu ne m'excites plus-Je n'ai plus aucun désir pour toi-On ne s'entend plus-Tu n'es pas gentille avec moi bla bla bla". M'a fait croire que j'étais frigide (n'avait qu'à savoir s'y prendre). M'a fait croire qu'il était désormais totalement impuissant, zéro hormones. Du coup, comme deux escargots chacun rentré dans sa coquille, évitant soigneusement de se toucher les antennes. Pauvre de moi, pauvres de nous.

Désolée je ne peux pas faire comme si je venais juste de le rencontrer, comme lui se plait à le fantasmer. Il sort d'où cet homme nouveau, qui ne me dispute plus, et semble enfin disposé (yes !) à reconnaître mes qualités, il était temps ! C'est bien lui, en polo bleu et Heschung fatiguées, c'est le même homme, je me souviens de tout, quand c'était avant. Même si aujourd'hui tout a changé et lui avec.

"Je vais te bâillonner pour te faire taire (avec de la soie, projet d'achat), ou te fourrer tout le temps ma bite dans la bouche, m'engueule-il, tu parles trop, tu te poses trop de questions". "Il ne faut pas parler au passé, chut l'imparfait c'est interdit".

Fichue impossibilité de ne pas regretter le passé, de ne pas craindre l'avenir. Avec toutes les casseroles que je me traîne, impossible pour moi de faire tabula rasa (table nette), repartir à zéro. Il me dit que je suis tout le temps "dans la plainte". Non, dans un constat objectif. A ce propos, je serais plutôt dans le râle en ce moment.

Je lui reparle de leur histoire, j'exprime ma tristesse, mon angoisse de m'être sentie abandonnée, exclue. Left behind, encore plus frustrée qu'avant, si c'est possible. Il ne veut pas l'entendre, n'a jamais été très fort en psychologie féminine conjugale. Refuse de revenir là dessus, "le passé est le passé". Pas pour moi. Du coup ça ne me quitte pas ce sentiment d'exclusion, ne peux m'empêcher de relire à chaque occasion leurs mails si aimants, exprimant tant le besoin de se voir l'un l'autre, allant jusqu'à les recopier. Qui m'écrit ça à moi ?

L'enquête continue. Je ne sais pas s'il s'est rendu compte de la sensualité dont sont emplis les textos et les mails de sa reconquista. Je ne vais pas aller lui dire quand même que ce n'est pas que de la poésie, c'est aussi son corps à elle qui l'appelle quand elle lui écrit ses haikus vibrants et allusifs (comme il le reconnaîtra).

"Cette nuit tu étais dans mes rêves, une sorte de parcours initiatique " (comprendre : à l'amour physique, apprendre à se connaitre ?)

"Depuis que nous nous sommes retrouvés, tu passes souvent par mes nuits sans prévenir"...;

"On croirait des cheveux de mousse" (mignon, elle lui parle ses boucles grises qui semblent bien l'émouvoir, son mari est chauve ndlc).

"Est-ce que tu frises encore plus quand il fait humide ?" (oui, spécialement entre les cuisses de ma femme, voilà ce qu'il aurait pu lui répondre si nous aussi nous avions eu "plus car affinité" à cette époque). Evoquera sa "frimousse triste" sur une photo facebook d'avril 2015, "un mot qui va bien pour les hommes bouclés".

Elle signe d'une foule de lettres, des "BIZZZZZZZZZZZOUS" non virtuels. Met des majuscules à ses "BISOUS PLEIN DE FLOCONS MOUILLES", "BISES de tous les jours", "BISES de nuit". Chaud devant.

Affres

Tout ça m'obsède et me rend malade, je rate mes stations de métro et ne fiche plus rien de retour au bureau. Fixation absolue sur leurs rapports supposés ou à venir. Depuis une semaine, de retour à Paris, je lis tout ce qui parait sur cette artiste sur le net. Je passe la moitié de mon temps au bureau à faire de l'analyse de SMS niveau doctorat et à chercher jusqu'à la dixième page de résultats Google tout ce qui a bien pu paraître sur et par elle. J'en tire des conclusions sur sa personnalité : ne matcherait pas d'ordinaire avec monsieur mon mari que j'aime, bien moins intellectuel et cultivé qu'elle, si "brillante".

M'enfin, leur histoire platonique lycéenne et inaboutie a créé entre eux des liens indéfectibles. Ne s'étaient pas revus de 1973 à 2013, et viennent de se retrouver au bout de 40 ans. Mais c'est très beau ça, qu'est ce que je viens faire mon emmerdeuse de s'aimer en rond. Je lis dans un catalogue de Paul Rebeyrolle cette citation du peintre : "La peinture existe : elle ne finira pas". Eux non plus, quelque chose existe, qui a déjà existé, qui vient juste de recommencer.

Pourtant elle implore, après près de trois mois de silence radio de la part du mari : "Où étais tu ? Tu avais comme disparu ? REVIENS VITE !!!!!" (début mai 2015). Se sont peut être vus ou entendus entre temps, comment savoir - je ne me réfère qu'à leurs seuls messages écrits, les dialogues manquent de chair.

"Tu as l'air triste", lui glisse-t-elle en commentaire d'une photo Facebook d'avril, où il grisonne de tous ses "cheveux de mousse" (mmmh) devant une American Idol pop art au Grand Palais, lors d'une sortie kulturelle avec moi. Comment lui dire, je ne suis pas sûre qu'il se soit senti si triste que ça à ce moment là...

*** Attention, faille spatio-temporelle : car il ne perdait pas son temps pour autant, comprendrais-je par la suite, bien occupé à préparer les érections élections départementales de mars 2015 auprès de Flo la mélenchonne, autour de cafés coquins à la Chope Guy Moquet. Infatigable Don Juan. Deux fers au feu valent mieux qu'un. Le démon de midi à quatorze heures. ***

Chut, reprenons. Il lui répond "Je ne voulais pas t'importuner". Lui a déjà confié : "Tu vois, le grand singe a des pudeurs de jeune fille". Allusion au fait qu'un soir de vernissage il n'avait pas osé rentrer la retrouver dans la galerie, en l'apercevant à travers la vitrine "si bien entourée". "Le grand singe" c'est lui, c'est son cadeau à elle pour lui, un tableau à l'huile représentant un gorille, qu'elle lui a offert et qui trône au dessus de son canapé dans son appartement. C'est devenu un vrai zoo chez lui. "Georges le grand singe qui veille sur moi désormais (rien que ça !) et moi t'embrassons très fort", écrit-il. Grimace.

"Si je ne te fais pas signe, tu disparais", se plaint-elle en mai (elle a raison, il s'est trouvé entre temps une copine à 100 mètres de chez nous, ah l'éloignement géographique nuit).

Mais il est à ses côtés en pensée, n'est-ce-pas ça le plus important ? L'amoureux transi de loin dira tour à tour : "Je ne suis pas loin, je suis tout près" ; "Je suis libre comme l'air" (pas moi, encore quinze ans avant la retraite, il a des boulevards devant lui) ; "Ton heure sera la mienne, un signe de toi et je viens" (il est alors à plus de 500 km, c'est beau l'amour).

L'heure est au rapprochement, rendez-vous pris ce joli mois de mai pour un batifolage dans l'herbe (voir plus haut). C'est "Rose au bois vint avec moi". Victor Hugo ce vieil ami m'a épargnée, le rendez-vous galant est reporté pour cause de vent la poussant vers Le Havre. Ils se verront donc à son prochain vernissage, à Paris le 4 juin, un jeudi.

Marivaudage suit : "Je te donne la réponse jeudi". De savoir si elle est coquette ou pas, jeu de l'amour et du hasard. Lui serait "un homme coquet", se faisant désirer, ne donnant pas assez signe de vie (OUF !) : "Si je ne te fais pas signe, tu disparais". Quelle robe coquette, quelle tenue pour l'épater aurait-elle t-elle choisie ce jeudi là, début juin, quand "Le printemps est arrivé, tu as vu ?" et que "C'est dans l'ordre des choses mais c'est toujours quelque chose d'inouï" ?

Quasiment conjugal (elle ) : "Et moi de lui dire, m'imaginant une vie en un quart de clin d'oeil... Tu te rends compte...Tu aurais pu m'épouser..." C'est un dialogue qu'ils ont eu au resto, il lui avait répondu du tac au tac : "Tu serais passée par la fenêtre", ce qu'ils sont joueurs.C'est moi qui ai envie de passer par la fenêtre.

Je ne vais pas tout recopier de leurs échanges, je suis exsangue, et il faut bien que je travaille un peu. Je ne produis plus rien au bureau, on me paye pour déblatérer sur mes états d'âme Éric.

Pour calmer l'angoisse que me file leur printemps, j'écoute en boucle au bureau la chanson d'Emily Loizeau, "Je suis jalouse", découverte sur FIP. "Sourions, serrons les dents". Suis toujours triste. Le matin quand je peux, je relis fissa leurs messages, reconstitue la chronologie de leurs rencontres, virtuelles ou non. Mortifiée quand je m'aperçois qu'il lui a écrit lors d'un week-end familial du 1er mai ; qu'il lui tarde de la revoir, juste après le rendez-vous familial de Magné, auprès du coeur de ma famille (mon oncle devait décéder peu après) ; qu'ils avaient rendez- vous le jour ou on a vu jouer à Nanterre l'Idiot mis en scène par Vincent Macaigne, qui nous avait tant plu. Aussi, tout juste après le spectacle de Pina Bausch en mai dernier au Châtelet, en avions été ensemble les spectateurs émerveillés (aurais dû revendre sa place !)

En fait je le partageais tout le temps. Se disputait-on tant que ça nous deux, les jours autour de leurs moments d'écriture partagée et de retrouvailles numériques ? Ma fille me dira : "Mais qu'est ce que tu crois c'est normal il est libre vous êtes séparés non ?" Oui mais non, rien n'est normal. Certainement pas de sa part à lui, après s'être montré plus sympa que jamais avec moi tout au long de notre période de séparation, justement. Jusqu'à maintenant. On a partagé malgré la séparation plein de bons moments. Pas de tendresse, pas d'amour, mais de l'estime et du plaisir d'être l'un avec l'autre. Je n'en espérais pas tant, après tant d'année de horions. Et de mensonges de sa part, plus de désir, plus d'érections, plus d'envie. Tu parles.

On se voit les week-ends toute cette année, on dîne souvent en famille, il passe tout le temps à la maison. Je garde mes invitations et tarifs réduits au théâtre rien que pour lui. On fait des petites randos. On fête même notre anniversaire de mariage. Je ne pense à personne d'autre que lui. Je suis si triste parfois qu'un dimanche après-midi dans mon salon désolé je lui écris toute honte bue ce SMS : "Viens, je me sens seule" [J'ai retrouvé mon message !!]. Je crois bien qu'il est venu me tenir compagnie, s'asseoir sur le canapé à la place habituelle, et que j'ai été bien contente de me faire envahir mon petit espace vital. C'était vital.

Est-ce que je ne suis juste qu'une espèce de capricieuse jalouse ? Oui mais non, j'ai un chagrin fou de le voir si éloigné, perdu d'avance (alors que dans mes bras à nouveau, mais si peu sûre de moi...) Il m'est inenvisageable de le perdre, c'est la seule pièce centrale de mon puzzle tout défait, ma pierre angulaire, mon pivot. Il a tout le temps été là, il ne peut pas disparaitre, quoi que j'ai pu dire. "You're my centerpiece", chantait Joni Mitchell, c'est exactement ça.

J'ai bien l'impression ces derniers mois qu'on s'entendait mieux. C'est la vérité vraie. On ne se dispute presque pas. J'ai adoré des moments avec lui cette année, le Printemps de Pomerol, il nous a fait nous tordre de rire dans sa voiture, en nous ramenant à la maison avec force zigzags, route déserte. Le week-end thalasso à Saint-Jean de Monts, bons copains. Dommage de n'avoir pas utilisé la douche italienne de l'hôtel 4* comme terrain de jeux érotiques. On y avait tous les deux pensé, sans oser rien demander à l'autre.

Avant "notre plus bel été", comme il dit, se jouait tous les soirs le film "No sex last night". J'en avais pris l'habitude, je suis Sophie Calle. J'essaye de ne pas y penser tout le temps. J'y réussis, je deviens insensible, aigrie. Mal baisée, pas baisée, abandonnée. Mon grand lit vide, il n'y que moi. Des locataires viennent parfois égayer la chambre, les voisins ne doivent pas comprendre, on entend tout. Le soir je lis des pages pour chasser le dégoût de moi même, d'être seule comme ça. Je regarde mes seins sous les draps avec tristesse. Encore présentables, ils ne sont là pour personne, c'est grande pitié.

C'est pour ça que le voir couché à côté de moi aujourd'hui, chaque soir retrouvé et le matin encore là près de moi, me donne envie de pleurer de joie à chaque fois. Son grand corps retrouvé, qui se laisse toucher et qui vient me chercher. Cette "parenthèse enchantée, inattendue" (ce sont ses mots). Notre bel été indien.

Alors non je décrète qu'il n'a pas le droit de s'amuser sans moi, de me laisser davantage encore à l'écart de sa vie, à l'échouage. Certes on est séparés lui et moi (géographiquement, une rue d'écart) et chacun dispose de sa liberté (moi de passer mon temps au bureau, surtout). Mise devant le fait accompli de cette liaison pas commencée (?) mais bien réelle, je souffre sauvagement. Les affres de la jalousie m'assaillent grave, ça fait mal. Je suis en enfer.

Loin du Paradis

Sa pièce, sur Arletty, "Loin du Paradis". Son bébé, créé et porté à bout de bras toute l'année 2014, il ne m'en avait rien dit, des choses qui l'occupaient et lui importaient. Me vexe profondément le fait qu'il la lui ait fait lire avant moi, comme à tant d'autres. L'a montrée à absolument tout le monde dont l'avis lui importe. Tout le monde sauf moi, encore à ce jour ; pourtant me sens toujours loin de tout paradis... Sauf dans ses bras, depuis quelques semaines.

Je me répète, j'enfonce mon clou, mon stigmate de femme tondue. Pas de libération pour moi.

"Je ne suis pas belle, je suis vivante, c'est tout !"

La réplique préférée de la peintre dans la pièce est la même que celle de son auteur mon mari. Elle la lui tend dans un SMS, pour l'inviter à son nouveau vernissage le 4 juin, "Tu me reconnaitras, je ne suis pas belle mais je suis vivante". C'est un de leurs échanges que j'ai lus en premier. Je n'avais rien compris. J'en prends maintenant toute la portée.

Acte II scène 2. Il répond (quel ingrat) : "Tu es surtout bête, mais ça ne se voit pas à l'oeil nu !" Elle : "Mais toi tu l'as vu ! C'est très courageux de se promener avec les yeux tout nus, au risque d'attraper un rhume !" Explication, lesdits yeux verts tout nus de mon mari viennent d'être opérés de la cataracte il y a trois ou quatre jours. "Pour mieux voir ou être vu ?" - car "tu es un homme ARCHI coquet", si elle le dit...

Ce détail gériatrique ne fait pas baisser d'un seul degré la "Tempera" sur l'écran de l'i-phone : les yeux tout nus ; le regard du peintre ; celui de mon homme sur elle bientôt... "Tu me reconnaitras. Je ne suis pas belle mais je suis vivante !" Et après s'être reconnus, enfin se connaître, vraiment...

La phrase, à peine remaniée, est tirée du scénario de Jacques Prévert, pour "les Enfants du Paradis". Il s'agit d'une réplique culte, indéniablement érotique. Les mots de l'amour charnel, à venir (dans la pièce) ou consommé (Marcel Carné). Quand on fait l'amour, on est plus que vivant... Ci-dessous, les lignes du dialogue de Prévert.

  • GARANCE (haussant les épaules.) – Je ne suis pas belle… Je suis vivante… c’est tout !
  • BAPTISTE (approchant son visage du sien et la voix tremblante d’émotion.) – Vous êtes la plus vivante… Jamais je n’oublierai cette nuit… et la lumière de vos yeux.
  • GARANCE – Oh la lumière ! (Elle sourit.) Une petite lueur comme tout le monde.

Je ne pense qu'à ça, à cette catastrophe annoncée de leurs "retrouvailles". Dans son écriture à elle, ça donne : "Je suis si heureuse de nos retrouvailles, merci de l'avoir permis..." ; " Pour moi c'est vraiment une très grande joie de t'avoir retrouvé. En fait c'est un peu comme si il n y avait pas eu tout ce temps passé..."

Aurait dû s'arrêter là. "C'est une sensation très étrange qui valide la conception du temps "bloc" d'Einstein !", poursuit-elle. Aïe, une philosophe, ça va le faire chier - ou pas.

Je suis comme une truie qui doute

Pourquoi ai-je cette tournure d'esprit qui me fait tout analyser, comparer, regretter. Lui reprocher toujours de m'avoir fait attendre tant, de m'avoir dit que c'était normal (pour lui) de n'avoir plus aucun désir après tant d'années de mariage, au mépris des miens timidement exprimés, au risque de mon suicide (si si). De m'avoir fait perdre toute confiance en moi, me voir moi même et me comporter en "flapissure", aller "gris mou" tout le temps, pour reprendre les expressions bien choisies de sa peintreuse, à son propre sujet, quand elle déprime un peu, elle aussi. Ma mélancolie résiste aux claques et aux coups de ceinture (même pas mal) qu'il m'applique généreusement sur les fesses. Méchant Didier.

Je suis heureuse mais pas tout à fait, je crains le pouvoir magique de madame la peintre, et je reste sur mon ressentiment, tout en appréciant comme du pain bénit ce retour de flamme cadeau de la vie (enfin je pourrais toujours encore attendre, si je n'étais pas pour mon bonheur-malheur tombée sur leurs tendres échanges). Jalouse à chaque fois que je relis leur dialogue complice, rempli de clins d'oeil et d'allusions. Jamais il ne m'écrit de cette façon, je ne sais rien de ses sentiments. Ne reçois que des SMS me demandant de rapporter du pain, où à quelle heure je compte arriver au théâtre, nos seuls rendez-vous.

J'y apprends qu'en janvier dernier il a "pleuré pour la première fois depuis longtemps", suite à l'attentat de Charlie Hebdo. Tout un pan d'iceberg me reste à découvrir de lui, toujours par le prisme de ses amis, des autres. Tout pour la galerie. Avec moi, à moi il ne parle ni n'écrit, on n'entend que le son de la télé. Enfin tant pis, du moment qu'il me touche. Pourvu qu'il me touche.

Je continue à faire ma curieuse, je voudrais tout savoir de l'homme qui se redonne si bien à moi, ce qu'il a fait pendant tout se temps, car si ce n'est la peintre c'est kiki (de Montparnasse) alors ? Je suis comme une araignée (moins poilue qu'avant) tissant sa toile, arrachant des confidences sur l'oreiller. Il ne se laisse pas faire, pudique même alors qu'il écarte les cuisses. Devant le feu roulant de mes questions, il avoue ("C'est l'Inquisition, alors ?") avoir eu quelques "copines" mais chut, "n'avouer jamais", pas de noms. Je soupçonne des masseuses chinoises avec finitions spéciales, il a dû en tâter pour combler son isolement, pauvre chouchou.

Quid de vraies amantes ? Ma gynéco est formelle : "Jamais une femme ne voudra d'un homme qui n'a pas d'érection". No way. Didier marque le coup quand je lui glisse cet avis autorisé de la faculté. "Ta gynéco Mme la docteur Je sais tout". N'empêche, je ne peux pas être sûre à cent pour cent qu'il n'a pas eu d'expériences sexuelles, tarifées ou non, pendant notre séparation.

L'enquête suit son cours... Il avait quitté le domicile conjugal et emménagé dans la rue d'à côté le le 6 mars 2014 (laissant ses chaussettes dans le tiroir de la commode). Dès le 12 mars, se précipitait voir l'expo versaillaise de sa douce amie. "A bientôt dans tes rêves, tu me reconnaitras, j'aurais un carrosse, pour Versailles c'est bien non ?"

Il lui écrit au fil des mois : "Il me tarde de te lire... de te revoir"

"Merci pour ce doux moment avec toi" (mais lequel ?)

"J'aimerais pouvoir te serrer fort pour te faire oublier cette injuste déconvenue" (la pauvrette a fait zéro ventes lors d'une expo, too bad)

"Je ne suis pas certain de louer qui que se soit pour nos retrouvailles tardives. Je crois que j'aurais bien aimé te retrouver beaucoup plus tôt"

"Te retrouver est la meilleure chose qui me soit arrivée depuis très longtemps, même si ce n'est pas simple" (comprendre : affublés comme nous sommes de nos conjoints encombrants).

"Je découvre seulement tes bisous du soir qui sont d'un grand réconfort..."

"Je n'aime pas t'imaginer en flapissure. Ou peut-être que si..." (interrogé par la Stasie plus tard, il ne niera pas qu'en le mot "flapissure" il voyait un alanguissement sur peau de bête devant la cheminée, façon tu fumes après l'amour ? Je ne sais pas, je n'ai pas pu regarder. Dictionnaire consulté, rien de glamour dans les "flapissures" - les voiles de belle-mère, par exemple hé hé - du corps.

"Et si tu n'es pas dans mes rêves c'est sans doute que tu es très présente dans mes journées" (il écrit une pièce pour et sur elle, en prof de peinture dans son atelier, à partir du site web de l'Artiste, des notes sur leurs deux vies entremêlées, "quelqu'un qui serait un peu toi et un peu moi" (oui il est trop tard pour faire un enfant)

"Je me replonge à chaque fois dans le texte (de sa pièce) avec beaucoup de plaisir. Presque autant que quand je lis un de tes mails. J'étais déjà impressionnée par ton intelligence autrefois mais ça ne s'arrange pas ; j'adore te lire et t'écouter"

Le pompon : "On a du pain sur la planche, plein d'endroits à visiter ensemble, la ménagerie du zoo de Vincennes, et pèlerinages à l'ile Melon" (une île bretonne où ils avaient passé des vacances ensemble, elle bécassette avec un autre garçon sous sa tente).

Le coup de grâce : "J'aimerais t'emmener beaucoup plus loin (au delà des villes royales des Yvelines)... au pays des gorilles dans la brume". Ne m'a jamais proposé à moi d'aller en Afrique, déjà qu'il a horreur de Barbès ! Sous entendu, il n'irait pas coucher dans la baignoire...

Boudi dirait ma tante, que de soucis............................................................... (points de suspension à foison, en hommage à la ponctuation foisonnante de lagrande artiste.)

Abyssales profondeurs

Je n'étais pas retournée chez la gynéco depuis plus de quatre ans, me fais engueuler, elle n'est pas contente. "Quoi, ni frottis ni mammo depuis tout ce temps, vous pensez à quoi ?" Je veux lui expliquer, je fonds en larmes. Elle se radoucit, devient compréhensive. Je pleure dans son cabinet et avoue que je ne venais plus chez le gynéco parce que je n'avais plus de vie sexuelle... Je ne voulais plus penser à mon (mignon quoiqu'un peu décrépit) appareil génital, qui ne me servait à rien. Zéro désir de mon mari pendant toutes ces années, hôtel du cul tourné, ronflements. Ménopause précoce, dépression. Si complexée que je ne me suis pas autorisée à relever ou comprendre le désir éventuel d'autres hommes. Le speculum en acier rentre sans problème pourtant, grâces rendues à toutes ces séances de doigtés qui m'ont déposée sur un petit nuage. Bien moins douloureux qu'il y a dix ans, quand jamais personne dans ma grotte d'amour. Le médecin me rassure : "Mais je suis très bien rentrée ! Tout est normal". Juste une petite mycose, à moi les ovules, "Monsieur ne doit pas passer de l'avant à l'arrière comme ça, l'un après l'autre". Promis, il s'appliquera.

Ouf, je suis comme les autres. Oui mais tout ce temps gâché, alors que tout fonctionnait chez moi. Pauvre idiote. Monsieur mon mari prodigue, le retour en bandoulière, me dit de profiter de l'instant présent, rien d'autre. Je fais de mon mieux et je jouis pas mal merci de mon plaisir actuel, de nos bons moments, avec mon mari mon amant retrouvé. Oui tout ça est fantastique et je suis même rentrée dans l'église du catéchisme de mes enfants, pour remercier Captain Fantastic et son brown dirt cowboy. Brûler un beau cierge eût été opportun, même si un peu disproportionné par rapport à l'objet de toutes mes attentions.

La doctoresse me conseille de lui voler dans les plumes, de prendre un amant, "Il vous a fait du mal, pas normal d'avoir été négligée comme ça". Me note sur un bout de papier le site www.gleedin, pour des relations extra-conjugales. Pourquoi pas, un aveugle, ça doit bien se trouver. Pour l'instant je ne pense (presque) qu'à mon mari, quand il pourra viagra. Lui dur et moi fondante, la rencontre espérée.

Toujours des craintes sur ma capacité à être pénétrée, puisque ça n'a pas eu lieu... Me sens toute étroite et douloureuse parfois, comme autrefois, l'absence d'hormones n'arrange rien. Gynéco consultée, tout marche bien. "Vous êtes près de la place Clichy, emmenez votre mari à Pigalle vous acheter des sex toys, et que Monsieur investisse !", ordonne aussi la gynécologue, décidément de bon conseil.

Pauvre épouse gourdasse que je suis, qui n'ai rien vécu, quelle buse. Tandis que lui (mystére, silence) ne s'est pas tant ennuyé que ça.

Bon, plutôt croire ma gynéco, "il veut se faire mousser".

Hope là

Moi aussi je veux que ça mousse, et rattraper sinon le temps perdu du moins profiter de la vie. Je vais aller voir un jour je me le promets si j'en ai le courage ce garçon de mon âge. Qui me disait au téléphone (juste avant les vacances, il n'y a pas de hasard) que je suis une chic fille une femme formidable une très jolie femme qui lui plaît beaucoup et depuis très longtemps.

Accepter les compliments, quand on me dit qu'on a envie de me revoir souvent et de faire l'amour si je le veux. Oser aller vérifier que j'ai bien un peu de charme, pour me rassurer vraiment. Peut être un peu aussi punir sans qu'il le sache et sans le faire souffrir mon mari de son abandon. Leurs retrouvailles (épousailles ? je l'imagine en belle-mère de mes enfants) vs mes réprésailles. Au risque de ma destruction.

Mais merci quand même monsieur mon mari chéri bibi que j'aime énormément, pour ce feu d'artifices de sensations qui me fait chaud au coeur et aux fesses. Pt'être hélas bien un feu de paille qui ne saurait durer, car je crois vous savoir un peu coeur d'artichaud, papillonneur qui s'emballe vite et qui oublie longtemps.

Merci quand même monsieur mon mari le père de mes enfants de m'avoir rouvert les portes de la perception, le 24 juillet et tous les jours d'après jusqu'à aujourd'hui, le matin, l'après-midi, le soir, la nuit. Du jamais vu dans notre matrimonie, 4 ou 5 fois par jour l'union sacrée. Love boat.

Rouvertes en grand mes portes et les siennes, au son des Doors pendant les Nocturnes de Georges Lang. Ô jouissance sans cesse renouvelée, après des années de poules qui couvent au couvent.

Radio number one Duble-you-duble-you sexuality hop la, rhâââh lovely. Moi aussi je jette des biiizzzzzzous partout. Je je suis libertine, je suis une catin, pour le pire et pour le meilleur.

I HOPE soso.

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #je veux de l'amour, #infidélité émotionnelle, #l'amie peintre

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