L'histoire de la baleine mon mari et de l'escargote son amie

Publié le 23 Septembre 2015

 un album paru chez Gallimard jeunesse en 2015

un album paru chez Gallimard jeunesse en 2015

La baleine et l’escargote / Julia Donaldson, Axel Scheffer : un album paru chez Gallimard jeunesse en 2015

Ce joli livre jeunesse, images et textes, me rappelle furieusement (car je suis un peu obsédée) les aventures inabouties (qui ne paraitraient pas forcément en édition pour la jeunesse) de nos deux héros, mon mari coeur volage et contemplatif, un peu baleineau par son physique de vieux loup de mer gourmand, et l'escargote frétillante de tous ses poils de pinceau, la peintre sa vieille amie de lycée, deux amoureux au temps de leur jeunesse.

Les amours des escargots sont torrides, c'est bien connu (ceux qui ont déjà été témoins d'un accouplement de limaces  bien gluant le savent bien). Quant aux baleines, avec un peu de souplesse elles ne manquent pas d'attrait non plus. Qui ne se ressemble pas peut bien bien s'assembler.

Oui mais moi je ne le veux pas, je ne l'ai pas permis (ils ne le sont pas permis serait plus juste). Ce qui n'a pas été consommé ne le sera pas, voilà ce que je dis moi.

Que l'escargote reste avec son baveux et ma grosse baleine avec moi. Que ma face s'enduise de bave d'escargot et de cold crème au cédrat de baleine si je mens, et cochon (de son arche de Noé que je peux pas voir en peinture - son escargot tout chaud à l'huile) qui s'en dédit. Pour les siècles des siècles, ou au moins jusqu'à la fin de l'année.

Cela dit, un ouvrage ravissant, à ne pas mettre entre toutes les mains, mes doigts y traçant de leur bave acide trop de sous-entendus. Les animaux, les voyages espérés à deux, la passion, l'amour, l'amitié, la poésie. Toute ressemblance est vue par moi, mais pas fortuite, car il n'y a pas de hasard.

 

Lire-ci dessous leur histoire, dans une version poétique et pour la jeunesseune. Les héros sont les mêmes (moi en moins) que dans mon article "Bien du plaisir".

Leur histoire d'amitié amoureuse, pas si soft et édulcorée,  l'affair number one de mon mari. La première de ses aventures, comme mise en image et racontée par Julia Donaldson et Axel Scheffer.

La baleine et l’escargote / Julia Donaldson, Axel Scheffer

Extraits choisis, d'où toute ressemblance avec nos vies réelles ou rêvées n'est pas fortuite. Nos vies d'aujourd'hui ou de jamais, comme un puzzle sans début ni fin, dont les pièces sont aussi à piocher dans la littérature, pourquoi pas de jeunesse 

 

« C’est l’histoire d’une toute petite escargote de mer et d’une immense baleine à bosse gris-bleu »

L’escargote de mer rampait sur son rocher en contemplant les flots et les bateaux à quai. Et elle regardait et elle gémissait et elle soupirait : « La mer est profonde et la terre est ronde… Oh ! j’aimerais tant découvrir le vaste monde ! »

Elle part « faire du stop », loin de son « rocher noir comme la suie »

« Voilà la trace que laissa la petite bulote, une trace argentée en belles lettres rondes : « emmenez moi faire le tour du monde »

"Emmenez-moi au bout du monde", bave l'escargote

"Emmenez-moi au bout du monde", bave l'escargote

Voici la baleine qui vient une nuit quand la mer était haute et les étoiles aussi. Une baleine à bosse, immensément longue, qui chanta à la petite escargote la douce mélodie des grottes de corail, des banquises chatoyantes, des énormes vagues et des étoiles filantes »

Et voici la queue de la baleine gris-bleu

Elle la sortit des eaux scintillantes d’étoiles et dit à l’escargote : « Viens, on met les voiles ! »

"Levez les voiles - Vers d'autres étoiles - Partir vers de nouvelles aurores - Partir tant qu'il est temps encore", une chanson composée par mon tendre Didi qui n'était pas encore volage, qu'il me chantait lors d'un de nos premiers matins, la queue à l'air derrière sa guitare. Ca ne s'oublie pas.

Et voici la mer, libre et sauvage, qui emporta la baleine gris-bleu avec l’escargote sur la queue vers les icebergs géants et les terres lointaines, aux sables d’or et au montagnes de feu.

Voici les vagues qui se cabraient et s’écrasaient, qui tourbillonnaient et moussaient, qui aspergeaient et éclaboussaient la petite escargote de mer sur la queue de la baleine.

"Whoaw, c'est chaud", comme fait dire mon auteur réellement dramatique de mari à un élève du cours de beaux-arts de Grande artiste, dans "la Tempera", piécette écrite à la gloire de son escargote préférée. Bozar, vous avez dit bozar.

Voici les grottes sous-marines où des poissons à rayures aux nageoires fines comme des plumes et des requins pleins de dents au sourire hideux nageaient autour de la baleine et de l’escargote sur sa queue.

Voici le ciel si vaste et si haut, parfois bleu, clair et chaud, parfois gris, nuageux, orageux, zébré d’éclairs aveuglants et si effrayants pour la petite escargote sur la queue de la baleine.

Et la petite bulote contemplait le ciel, la mer, la terre, les vagues et les grottes et le sable doré.

Elle contemplait, elle admirait, très impressionnée, en confiant à la baleine : « je me sens si petite »

--- puis la baleine s’approche un jour trop près du rivage et s’échoue sur le sable. Elle est sauvée par la petite escargote qui va écrire dans une trace argentée de bave « sauvez la baleine », sur un tableau noir comme la suie dans une salle de classe (ou un atelier de peinture)…

Voici la baleine revenue près du quai, près du troupeau d’escargots cramponnés au rocher. Tous s’écrièrent : « comme le temps a passé ! » et « comme tu as changé ! »

Alors la balaine et l’escargote racontèrent les merveilles du monde, les grottes de corail et les banquises chatoyantes, et les énormes vagues et les étoiles filantes, et comment l’escargote, si petite et si frêle, grâce à sa trace argentée et ses belles lettres rondes, sauva la vie de la baleine à bosse.

Alors la baleine tendit la queue et tous les escargots de mer y montèrent, à la queue leu leu.

Une des images du livre... Sur l'une d'elles on voit l’escargote juchée au sommet de la queue de la baleine, dans l’eau, au bord d’une plage luxuriante comme les tableaux de la peintre bulote : un volcan, des palmiers, un perroquet, des dauphins,une tortue, un singe : toute son arche de Noé d’Adam et d’Eve…

Une des images du livre... Sur l'une d'elles on voit l’escargote juchée au sommet de la queue de la baleine, dans l’eau, au bord d’une plage luxuriante comme les tableaux de la peintre bulote : un volcan, des palmiers, un perroquet, des dauphins,une tortue, un singe : toute son arche de Noé d’Adam et d’Eve…

 

Jean de La Fontaine, continuateur d'Ésope, le fabuliste de la Grèce antique, faisait parler les animaux, déjà. En alexandrins dans le texte.

"Je chante les héros dont Ésope est le père,

Troupe de qui l'histoire, encore que mensongère,

Contient des vérités qui servent de leçons.

Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :

Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes ;

Je me sers d'animaux pour instruire les hommes."

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