Fables de La Fontaine, les morales de leur histoire

Publié le 15 Mars 2016

Fables de La Fontaine, les morales de leur histoire

Morale de la fable : bien du plaisir à relir quelqu'unes des fables de La Fontaine, avec les illustrations de Benjamin Rabier, et pour les expliquer, trouvé ces lignes dans l'excellent essai de Patrick Lemoine, psychiatre et écrivain : La Fontaine les animaux et nous : ces fables qui disent ce que nous sommes / Patrick Lemoine, Armand Colin, 2011

Le renard et les raisins

(ou : Comment se faire un raisin une raison)

Certain renard gascon, d'autres disent normand (lui, rusé goupil alsaco-vendéen-picard-corse, voire gitan, c'est selon son humeur)

Mourant presque de faim (lui, affamé de sexe et looking for Mrs Goodbar), vit au haut d'une treille (La Chope même pas de Guy Moquet, club libertin bien connu)

Des raisins, mûrs apparemment (elle, 53 ans au compteur)

Et couverts d'une peau vermeille. (elle, souvent en habit rouge - de Guerlain ?)

Le galant en eût fait volontiers un repas, (lui, l'eau à la bouche devant l'appétissante pépée, aurait tant aimé croquer dedans sa pomme)

Mais comme il n'y pouvait atteindre : (car rien n'y fit : "je préfère qu'on reste amis", dit-elle)

Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. (lui, pour faire bonne figure devant son râteau, plus simple de se convaincre que c'est elle la coupable, l'allumeuse fieffée : "Je la trouvais pas si bien que ça physiquement", "Je commençais à en avoir marre de ses histoires, j'avais fait le tour", "Je la trouvais conne, elle est ignare et elle a des goûts de chiotte"). C'est cela, oui.

Fit-il pas mieux que de se plaindre ? (lui, pas le genre de la maison : never explain, never complain). C'est moi qui me plains tout le temps.

Fables de La Fontaine, les morales de leur histoire

La chatte métamorphosée en femme

(ou : Diversité des mœurs conjugales)

Dans l’affaire qui nous occupe, le mari interprète de travers le comportement de sa minette. Il s’est fait abuser par une allumeuse, a développé un délire érotomaniaque et est tombé sur un os car, on le sait, les allumeuses ne livrent pas facilement leur petit trésor.

La Fontaine a-t-il connu pareille mésaventure ? On peut le supposer… [ici, avec Mme de Sévigné]. Il aimait séduire et l’époque était riche en aguicheuses, promptes à déployer la carte du Tendre qui ne menait pas souvent au « déduit » (c'est-à-dire au coït, rappelons-le tant la chose restait interdite aux femmes bien nées.

(…) Le mari fustigé par cette fable est un simple d’esprit qui se trompe dans ses interprétations érotiques. La belle créature qu’il avait à ses côtés n’était pas pour lui mais pour d’autres mâles que lui, des males sans doute représentés par ces souris que notre chatte ne peut s’empêcher de poursuivre. Des mâles d’une autre espèce et même d’une autre trempe ! Et notre maitre sot de se retrouver Gros-Jean comme devant (…) L’amour, qu’il soit divin humain voire animal ne saurait se tromper d’objet.

LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME


Un Homme chérissait éperdument sa Chatte,
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
Qui miaulait d'un ton fort doux :
Il était plus fou que les fous.
Cet Homme donc, par prières, par larmes,
Par sortilèges et par charmes,
Fait tant qu'il obtient du Destin
Que sa Chatte en un beau matin
Devient femme, et le matin même,
Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d'amour extrême,
De fou qu'il était d'amitié.
Jamais la Dame la plus belle
Ne charma tant son Favori
Que fait cette Épouse nouvelle
Son hypocondre de Mari.
Il l'amadoue, elle le flatte ;
Il n'y trouve plus rien de Chatte,
Et poussant l'erreur jusqu'au bout,
La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques Souris qui rongeaient de la natte

Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
Aussitôt la Femme est sur pieds.
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, Femme d'être en posture.
Pour cette fois, elle accourut à point ;
Car ayant changé de figure,
Les Souris ne la craignaient point.
Ce lui fut toujours une amorce,
Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli.
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer.
Quelque chose qu'on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourche ni d'étrivières

Ne lui font changer de manières ;
Et, fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n'en serez les maîtres.
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.

Fables de La Fontaine, les morales de leur histoire

Bon ! Encore un tremblement de terre, dit le chat du dessin de Rabier (qui n'est pas un matou de La Fontaine).

Ca m'évoque le commentaire que Sachatte (ou Dragon rouge, ou The pintade... j'adore les nicknames) glissait l'été 2015 - quelques semaines après leur printemps réprimé, sous le post facebook d'une de ses copines, reprenant le prêche d'un ayatollah iranien disant en gros que l'adultère, ou les relations extra-conjugales étaient à l'origine des tremblements de terre et autres séismes en Iran. "Un haut dignitaire religieux iranien a affirmé en direct à la télévision (en 2010) que les femmes sexy, qui « incitent les hommes à avoir des relations extra-conjugales », sont « la cause de tous les tremblements de terre en Iran ». Peut-être a t-il oublié que l’Iran est situé au carrefour d’une des faille tectonique les plus importantes." (JSSNews).

Texte exact du post publié sur facebook : "Les relations sexuelles illicites sont à l'origine des trembements de terre".

"Tu l'ignorais ?", c'est le commentaire (amusant) de Pintadette sous le post de sa copine. Oui, l'adultère équivaut bien à un tremblement de terre, elle a l'air de savoir de quoi elle parle, la Pomponnette... ("ah te revoilà salope !", etc.)

C'est du vécu. C'est aussi la morale de mon histoire à moi, pôv sosotte toute tremblante-toute ébranlée-toute remuée depuis. How much time ça prendra pour me reconstruire ?

(voir : http://www.pratico-pratiques.com/sante-et-famille/couple-et-sexo/l-infidelite/)

La morale de ces morales,
La rirette, la rirette,
La morale de ces morales,
C'est qu'il n'y a pas de morale.

 

 

 

Fables de La Fontaine, les morales de leur histoire

Le lion amoureux

(ou : Stratégies de séduction, envers celle que j'appellerai aussi du nom d'une autre héroïne de fable : sa Poule aux oeufs d'or, ou son Ross-ignol)

Les liaisons sont toujours dangereuses car c’est au lit que la bataille se livre ; baisers et caresses en sont le fondement. Mais il arrive que menottes et quenottes soient des armes encore plus redoutables que baïonnettes ou mitraillettes… C’est une règle générale que le mâle, l’homme, quelle que soit l’espèce animale, quelle que soit la culture, est imprudent par nature. Soucieux de parader, d’être visible par la ou les partenaires potentielles, il se montre dans tout son éclat, se fait entendre, sentir… au risque d’être croqué par un prédateur de passage (…) Quand un mâle est amoureux, il est prêt à tous les dangers et même au sacrifice suprême pourvu qu’il puisse assouvir son désir. Le pauvre amant de la mante religieuse en témoigne à chaque printemps. Pour lui c’est la décapitation qui provoque le sursaut coïtal, juste le contraire du président Félix Faure (1899) qui « voulait vivre comme César et finit Pompée » (…)

La plupart des animaux polygames se sentent obligés de se livrer à d’incroyables parades nuptiales afin de séduire le plus grand nombre possible de femelles et de se constituer un harem digne de ce nom. Certes, le lion qui rugit ne prend guère de risques, sauf qu’il doit se livrer à de terribles combats avec ses rivaux. C’est en général celui qui porte la plus belle crinière, la plus longue et la mieux fournie, qui remporte le maximum de suffrages (…) Mais ce sont en définitive les animaux proies qui illustrent le mieux l’aphorisme : « Amour amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire, Adieu prudence ! ». Les faisans ou les paons les plus colorés, forcément les plus visibles pour les tigres, sont aussi les plus séduisants aux yeux de leurs fiancées, surtout s’ils disposent de ces très longues queues qui en font des friandises lentes, empêtrées, pataudes, un vrai rêve de Bagheera.

 

Le lion amoureux :

"Sévigné, de qui les attraits

Servent aux Grâces de modèle,

Et qui naquîtes toute belle,

A votre indifférence près,

Pourriez-vous être favorable

Aux jeux innocents d'une fable,

Et voir, sans vous épouvanter,

Un lion qu'Amour sut dompter ?

Amour est un étrange maître.

Heureux qui peut ne le connaître

Que par récit, lui ni ses coups !

Quand on en parle devant vous,

Si la vérité vous offense,

La fable au moins se peut souffrir

Celle-ci prend bien l'assurance

De venir à vos pieds s'offrir,

Par zèle et par reconnaissance)

Du temps que les bêtes parlaient,)

Les lions, entre autres, voulaient

Etre admis dans notre alliance.

Pourquoi non? Puisque leur engeance

Valait la nôtre en ce temps-là,

Ayant courage, intelligence,

Et belle hure outre cela.

Voici comment il en alla.

Un lion de haut parentage

En passant par un certain pré,

Rencontra bergère à son gré

Il la demande en mariage.

Le père aurait fort souhaité

Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui semblait bien dur;

La refuser n'était pas sûr;

Même un refus eût fait possible,

Qu'on eût vu quelque beau matin

Un mariage clandestin ;

Car outre qu'en toute matière

La belle était pour les gens fiers,

Fille se coiffe volontiers

D'amoureux à longue crinière.

Le père donc, ouvertement

N'osant renvoyer notre amant,

Lui dit " Ma fille est délicate;

Vos griffes la pourront blesser

Quand vous voudrez la caresser.

Permettez donc qu'à chaque patte

On vous les rogne, et pour les dents,

Qu'on vous les lime en même temps.

Vos baisers en seront moins rudes,

Et pour vous plus délicieux ;

Car ma fille y répondra mieux,

Etant sans ces inquiétudes."

Le lion consent à cela,

Tant son âme était aveuglée !

Sans dents ni griffes le voilà,

Comme place démantelée.

On lâcha sur lui quelques chiens

Il fit fort peu de résistance.

Amour, amour, quand tu nous tiens,

On peut bien dire " Adieu prudence!"

in : http://www.lafontaine.net/lesFables/afficheFable.php?id=63 :

"C’est à Françoise de Sévigné (10 octobre 1646 - 1705), la fille de la célèbre épistolière, que La Fontaine dédie la première fable du Livre quatrième. Cette jeune fille tenait divers rôle dans les ballets de l’ époque. Elle était connue pour sa beauté froide (voir vers 4) et fut professionnellement remarquée très tôt, un an après sa présentation à la cour, alors qu’elle n’avait que seize ans. Tout le monde lui prédisait un avenir particulièrement brillant dans son art. Celle que Loret appelait « la plus jolie fille de France » devait épouser le 29 janvier 1668 le comte François de Grignan et résider dans la Drôme, au village dont son époux porte le nom. Elle sera connue dès lors sous le nom de Madame de Grignan. Sa mère, amie de La Fontaine, Marie de Rabutin-Chantal mieux connue sous le nom de la Marquise de Sévigné lui écrira pendant trente ans de multiples lettres qui nous renseignent sur les mœurs du temps. C’est à l’intérieur de la fable-madrigal qu’est inscrit l’apologue proprement dit. Ce poème, « Le Lion amoureux », est inspirée d’Esope (« Le Lion amoureux et le Laboureur »)."

Bad luck et mauvais pêche (pioche) = lion malmené et en colère, fallait pas commencer
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Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #the pintade, #infidélité émotionnelle, #littérature

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