Putain quel menteur amateur d'annamites !

Publié le 20 Janvier 2016

Putain quel menteur amateur d'annamites !

No sex last nights, Sophie calls

J'ai chez moi un dessin de Georges Wolinski, réalisé sur la page de garde d'un de ses albums lors d'une séance de dédicace à l'expo de la BnF. Ca me représente moi nue sous mes draps, légendé "J'attends Didier" (cadeau de Noël 2012 au mari). C'est sympa et coquin, mais ça peut aussi être interprété autrement. Arborai-je tant que ça une tête de mal baisée (et parano), arrivée devant le regretté Wolin ?

Oui je l'ai attendu son amour retrouvé, longtemps, et je ne m'en remets pas. Ca laisse des traces, l'amour je ne sais pas tellement ce que c'est. Pas l'habitude.

L’ai interrogé souvent sur son absence de sexualité, ça ne te manque pas, tu as vraiment abandonné l’idée d’avoir une sexualité ? Non, c’est moi qu’il avait abandonnée seulement, et aussi l’idée d’avoir une sexualité avec moi. Sa réponse d’un ton sec, définitif, parée dans une dignité offensée. Toujours la même, on ne s’aime plus, c’est normal, on se connaît depuis trop longtemps. Je n’ai qu’à prendre un amant, il ne m’en empêche pas, j’ai son autorisation. J’ai entendu ça une fois. Je n’ai pas profité de ses encouragements, ne les ai même pas pris au sérieux. N’ai gardé que leur violence, signifiant va où tu veux ça ne me regarde pas, avec quiconque voudra de toi ce n’est pas mon problème. Une indifférence non feinte, une froideur glaçante, tu me fatigues tu m’emmerdes avec tes questions sur ce que je fais avec mon zob, je n’ai pas envie de toi et je n’ai plus rien à te dire. Pourtant, ne sont pas que des reproches mes questions, ce sont des interrogations sur lui, sur nous. Envie de faire le point, qu’il m’explique. Mais non, no way, il n’aime pas parler de lui autrement que d’une manière sociale, commenter l’actualité et la politique avec ses amis, parler boulot, raconter ses exploits de jeunesse, de créatif « expert en communication », toutes ses années d’agence ça il veut bien raconter. Mais lui demander en fait comment il va, comment il envisage son avenir, sans ou avec sexe, et bibi en question subsidiaire, il ne risque pas de répondre à ça, il est au dessus de ça, puis ces questions qu'est ce que je l'emmerde…

Il a pourtant il y a quelques années consulté un spécialiste des troubles alimentaires à Bichat, j’avais lu sa lettre de motivation, il y disait avoir envie de satisfaire son épouse, de retrouver une vie plus épanouie, maigrir pas que pour le physique et la santé, mais aussi pour le sexe. C’était sincère. Dans les derniers temps, avant la séparation, nos temps difficiles, il ne se penchait plus sur cette question, du moins pas avec moi. Ca ne me concerne pas, il me le fait comprendre. Pourtant, il m’entend pleurer la nuit et ne pas trouver le sommeil, et aussi parfois ma main caresser son dos, mais il fait semblant de dormir, ou me décourage d’un geste. Moi par contre si d’aventure je le sens se rapprocher de moi la nuit ou le matin tôt, je me prête à ses envies, toujours les mêmes, le sucer et l’aider à se branler, rien de plus pour moi, je n’ai qu’à prendre mon pied comme ça. Il ne peut plus bander « dur », je le sais bien, faut pas lui en vouloir, mais je ne lui en veux pas, il ne l’a jamais compris. J’aimerais seulement qu’il veuille bien en parler, si ça lui manque, s’il est satisfait comme ça, de ces rapports tronqués, nuls, sans tendresse, sans don de soi. Mais on ne peut pas en parler, il se ferme, il fait la sourde oreille. Ne pas vouloir y répondre c’était aussi une façon de me nier, ne pas faire l’effort d’analyser la situation, la misère même pas balayée, mise en évidente. Questions n’appelant pas de réponse, je suis bête ou quoi, je ne vois pas qu’il n’a plus envie de moi, quand il préfère m’envahir de ses ronflements toutes les nuits plutôt que me prêter sa peau, jamais l’aumône d’une caresse. Je serre mon oreiller contre mon ventre, ça réchauffe et ça donne l’illusion d’être touchée par quelque chose, mais pas quelqu’un.

Je me suis habituée à cet ersatz de sexualité, la sienne, deux ou trois fois par an, par surprise, toujours de son fait, puisque mes tentatives d’approche sont repoussées. N’ai même pas saisi quand ces petits sursauts furtifs ont cessé, eux aussi, plus jamais de contact peau à peau.

Ne restait plus entre nous que des disputes, des chamailleries à tout bout de champ, je l’insupporte et lui aussi, nous nous apportons la contradiction systématiquement. Nos fils n’aiment plus venir nous voir, notre comédie agace nos amis, c’est pas gai chez vous commente ma mère. Comment faire pour vivre avec quelqu’un qui ne vous touche plus, dont vous avez juste le droit de laver les chemises, sans que la haine et la rage montent, de chaque côté.

Ce désamour s’est construit, aujourd’hui je le sais, sur un malentendu. Faute de réponse à mes questions de plus en plus virulentes, tu comptes vivre comme un eunuque tout le restant de ta vie, ça ne te gêne pas de ne plus avoir de couilles, parfois dit devant les enfants, tout le monde en profite, j’ai fini par le croire. Me l’a bien mis dans la tête : je ne suis pas/plus désirable, puis « je n’ai jamais aimé ça », et d’ailleurs ça ne me manque pas tant que ça sinon j’irais voir ailleurs, voilà ce qu’il pense. Mais si je ne suis pas bandante, ni bonne au lit, comment pourrais je avoir le courage d’aller voir ailleurs ? D’ailleurs je ne connais personne, je ne vais pas dans les soirées, je me débrouille comme un manche. J’ai passé toutes mes années de jeunesse à aller faire le catéchisme – en athée hypocrite mais mystique, un peu ; à dessiner et peindre des années durant des nus d’atelier (les seules bites que j’aurais vues dans ma vie) ; à bouquiner comme une forcenée, voir des films et des spectacles jusqu’à plus soif, ces autres vies que la mienne sont tellement mieux. Mais attention, pas trop de sexe ni de sentiment, ça fait trop mal. Déjà qu’entendre les voisins brâmer au dessus de nos têtes nous est insupportable, à lui comme à moi, cette chance qu’ils ont…

Donc j’y ai cru, à son non dit, à son implicite impuissance, j’y ai compris un manque d’appétit pour l’amour, je me disais c’est bien ma chance je suis tombée sur le seul mec qui n’aime pas faire l’amour, qui s’en fout bien de la vie sexuelle, j’y croyais à son dégoût pour cette « gymnastique vaine », quelques minutes d’agitation dont on fait beaucoup trop de cas, crois moi. Oui, je te crois.

J’aurais du me rappeler pourtant que notre voisin musicien à l’Opéra nous criait Vous pourriez fermer vos fenêtres, tant ses cris à lui mon amoureux, plus que les miens, traversaient la cour de l’immeuble de la rue Damrémont où nous avons vécu avant d’avoir nos enfants. J’aurais dû me rappeler qu’il aimait bien faire l’amour, avant. Et tiens, qu’il rigolait aux blagues de cul de ses copains, n’était pas le dernier. Mais ce ne sont pas ce qui en parlent le plus qui le font le plus, d’ailleurs à moi il n’en parlait pas. Son vieux fond judéo chrétien, son côté bien élevé, archi faux hippie de Louveciennes, oui. Merde à la fin.

Alors ça m'est tombé sur la tête d'apprendre que ses jours n'avaient pas été tant privés de sexe qu'il me laissait le croire. Il m'a avoué d'abord sa fréquentation intensive ces dernières années des salons de massage chinois. Ceux où les hommes payent pour se faire masser et détendre le dos, puis une fois retournés côté face, peuvent jouir aussi à la toute fin des faveurs manuelles de la masseuse, jeune et jolie de préférence. Branlette et kleenex. Mon mari a toujours eu le sens du contact. De la jouissance tarifée, mais du plaisir quand même. Même s'il dit qu'il ne se sentait pas si bien que ça en sortant de ces salons, "c'était glauque, j'avais honte". OK, mais pourquoi y revenir tout le temps, en me laissant moi à pleurer dans mon oreiller, à me faire toucher juste par les coiffeurs, oh oui massez moi le cuir chevelu, mon seul full contact par une main extérieure pendant tout ce temps perdu.

Les massages des Chinoises, c'était un pis aller, c'était pour remplacer les bon offices de la meilleure d'entre toutes, qui n'est plus. Il m'a dit une nuit qu'il était allé voir une masseuse, une ancienne kiné, une Française, qui l'avait "bander comme un âne". Après deux séances de massage "normal", elle lui aurait touché le sexe alors qu'il était nu, sans qu'elle ait remis la serviette sur lui, et dit "Et là ?" Eblouissement. Il parait qu'il lui montrait les photos de sa famille, et qu'elle lui offrait du whisky. Ne manquait plus que le feu de cheminée. Puis elle a pris sa retraite, lui a dit Ne cherchez plus à me revoir. Les Chinoises, c'était en ersatz de Wonder woman, capable de ranimer les morts. Mais c'était moins bien, même pas de bière Tsin Tsao après.

Foutaises que tout ça. Trop beau pour être vraie, la masseuse qui se met à lui caresser le sexe après des séances de kiné plan plan du genre remboursées par la Sécu. C'est comme ça qu'il aurait aimé que ça se passe sans doute, l'effet de son charme slave (qu'y s'lave, d'abord). Mais non, il me l'a avoué aussi au fil de nos nuits, il avait trouvé son adresse dans les petites annonces du Nouvel Obs, il ne lisait pas que les pages Belles demeures. Quand, il ne s'en rappelle plus, nos enfants étaient jeunes encore. Il y est retourné souvent, elle savait y faire, il adorait ça. En musique, tout confort, eau et gaz à tous les étages. Une relation presque au long cours, comme une vieille maîtresse, mais qui en est toujours restée aux prestations établies. Qu'il me dit. Sen-su-a-li-té. Combien de fois ? Je l'envie, je ne m'en suis pas payé moi des massages, je n'avais que ceux prodigués par les copines de la gymnastique volontaire, dix minutes de décontraction à la fin des séances de gym, sur le tatamis vertdu centre d'animation René Binet à la Porte Montmartre, aujourd'hui démoli par les rebâtisseurs. Il s'en est payé du bon temps mon mari, avec l'argent de notre compte joint, lui toujours prêt à me chipoter, encore une jupe, des chaussures, tu les as payées combien ?

Avant ou après la masseuse douée, du sexe féminin, il y eu "ce bon Isidore", un masseur gay et militant dans le Marais. Didier a adoré jouir dans sa poigne ferme, "il avait des mains énormes". N'avait jamais ressenti des sensations pareilles. En était fou, y est allé plein de fois, toujours depuis son travail en banlieue ouest, pas à côté, ses pauses déjeûner coquines et épuisantes. "L'après-midi de retour au bureau, je m'enfermais et dormais un peu." Il devait tout donner, hurler beaucoup, de plaisir, puis de douleur, l'expérience sodomite ayant ses limites. "On peut dire que vous aimez les caresses, vous !" commentait l'homme à la poigne virile, dont les murs devaient être bien insonorisés. Las, comme, ou avant elle, le masseur dispaîtra. "Un jour, je suis revenu, sa plaque n'était plus là, il ne répondait plus au téléphone. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Sans doute mort du SIDA".

Si troublé par cette expérience, Didier se sera cru devenu gay. A eu envie d'une vraie expérience sexuelle masculine, "j'avais envie d'enculer un homme". A fait un tour dans un sauna pour hommes à Nîmes, la ville des corridas, des taureaux et des encornades. A quelle époque ? Ca fait bien longtemps qu'il ne s'intéresse plus à la tauromachie. Ca fait bien longtemps donc que je suis aussi cornue qu'une vaca, et lui toro pas si bravo que ça. Mais ça me plaît qu'il ait eu envie de se chercher comme ça, ça m'émeut cette confidence, "je te raconte Isidore, ça vient de très loin". Il me fait confiance, et moi je le mets sur le web. Mais qui le connait. Et toute expérience intime est aussi universelle. J'apprécie la confidence. L'idée de son corps tendu entre les mains du masseur, de son corps ouvert à la nouvelle sensation, l'envie de pénétration, m'échauffe moi aussi. J'aime l'imaginer nu, s'abandonnant à la main experte d'un homme, ou d'une femme. Mais en même temps ça me fait un mal de chien. Pas de la vraie jalousie, mais un immense regret. Celui qu'il ne m'ait jamais rien dit, rien fait deviner. Toujours ses coups en douce, sa vie ailleurs. Ses précieuses coulées laiteuses, toujours en dehors de moi, loin de moi.

Du mensonge, déjà, encore, toujours. Déjà, il me dit qu'il a inventé Isidore, "il est sorti de mon imagination. Non, je n'ai pas su le reconnaître menteur, mais je sais quand il dit la vérité. Des accents qui ne trompent pas, eux au moins. Il a peur que je le dise aux enfants, que je déballe ce qu'il pense son linge sale. Bon, il avait besoin de sexe, ce n'était pas tant une gymnastique vaine alors. Surtout allongé sur le dos dans la pénombre, bougies et musique. Pas si désagréable, pas vain du tout, ces caresses, ces étreintes de son membre à part. Des rapports comme il aime, lui sur le dos, et quelqu'un qui s'occupe de lui à fond, la petite mort bienheureuse au bout.

Pendant ce temps, ma mort au monde, et pourtant j'existe. Malheureuse, que faisais tu enchaînée à ton évier ? Puis après, à ton clavier au bureau ? Tu pouvais pas aller te faire masser toi aussi, ou chercher à plaire à quelqu'un/quelqu'une, et même sans payer soyons folle. Allez, courage, toi aussi Pussycat tu avais droit de te faire reluire, et te faire briller un peu ton étoile. Mais non, pas mon genre.

Regrets éternels.

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #infidélité émotionnelle, #je veux de l'amour

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