"Grazia" à Christine Angot pour sa "Soirée d'Agnès"

Publié le 16 Avril 2016

la reine Christine de l'autofiction

la reine Christine de l'autofiction

Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire ! (avec un ton éparpillé façon puzzle)

Lu rapidement "La soirée d'Agnès" par Christine Angot, cette nouvelle en forme de conte de Noël moderne et désabusé, publiée sous forme de petit livre broché, offerte avec le magazine "Grazia" à l'hiver 2015.

Je précise que je ne lis pas "Grazia" (je devrais ? mon look répond : "oui !") et que cette petite chose littéraire m'est tombée entre les mains, nous dirons, comme ça. Elle m'intéresse un peu Christine Angot, l'auteur de la nouvelle. Souvent sujet à polémique, la grande bringue brune androgyne à la moue irritante. Pourquoi ne pas lire ça, quelques pages à peine, même si sera vite lu vite oublié je le devine.

Dès la première page, l'héroïne éponyme d'Angot, Agnès, artiste et bobo parisienne côtée, me fait irrésistiblement penser à The Pintade, dont je parle abondamment par ici. Si vous arrivez juste, c'est le petit nom que je donne (entre autres) à l'ex future maîtresse de mon mari, celle qu'il n'a pas eue. Mais qu'il désirait fort, et c'est pour ça que j'en fais tout un foin.

Surtout qu'est arrivée la date anniversaire de leur rencontre, ça fait un an aujourd'hui, comme le temps ne passe pas. Je n'y étais pas, mais comptez sur moi pour m'en rappeler : j'ai eu assez mal à tout reconstruire, à force de déductions et d'une enquête aussi serrée que leurs cafés ensemble, bande de chenapans. J'ai failli ne rien voir du tout (quel dommage pour ce blog c'eût été), et j'ai mis du temps à tout comprendre. "Tout", un bien grand mot. Manque le principal, le son, l'image. L'incarnation de leurs pensées. C'est dans les romans photos que je me fais que je la trouve.

Après un premier café en terrasse à La Chope de Guy Moquet (penser à boycotter cet établissement), suivi d'échanges nourris sur Facebook, voilà le mari tout retourné d'avoir revu cette femme qu'il connaissait déjà un peu. Le courant passe, elle rit à ses blagues, il en a marre d'être tout seul en haut de ses trois étages à pied. C'est parti pour trois mois d'amitié amoureuse, mais qu'est-ce-qui-(leur)-arrive. Je me dois de fêter l'anniversaire de quand tout a commencé, ça fait huit mois que ça m'occupe l'esprit, depuis que j'ai découvert après coup leur pot pas si rose. Huit mois que j'ai renoncé ou quasiment à toute autre forme de dé-bloguing ; plus rien d'autre que l'infidélité, la leur, celle de tout le monde, qui m'intéresse.

La donzelle a disparu des radars (non, elle habite toujours au coin de la rue, mais ne pollue plus le répondeur de mon mari, ni son esprit), et j'ai fait remonter je crois tout ce qui était possible sur elle. Il n'y a guère que les caméras de surveillance de l'avenue de Saint-Ouen que je n'ai pas interrogées. Comment continuer à analyser leur relation, leur comportement, sans plus rien à me mettre sous la dent : témoignages, récits… Le mari est devenu muet comme une tombe, se bouche les oreilles quand je "fais ma stasie", c'est à dire quand je l'interroge sur ce qu'il pouvaient bien se dire, et aussi penser, lors de leurs rencontres. Pas à moi, c'est sûr : "je t'avais oubliée", me dit-il. Maintenant c'est toute leur histoire qu'il aurait oubliée, "c'est loin ça va faire un an, tu m'emmerdes avec ça". Fermé comme une huitre. Si on ne peut plus compter sur son mari pour comprendre pourquoi on est cocue.

Deux héroïnes pour le prix d'une

Cette fille (de mon âge, 53 ans), je n'oserais jamais l'aborder directement pour lui dire : "bon, faut qu'on cause entre filles", pour me faire une idée de son petit caractère. A la place je profite du talent des écrivains, tous psychologues et fins analystes de l'âme humaine (même Marc Lévy il en connaît un rayon sur les pintades j'en suis sûre), en ramassant ça et là quelques morceaux de leurs littératures, pour m'informer sur la psyché de Pintadette, la formatrice diplômée en psycho de Paris VIII, la fac de Saint-Denis qui donne un diplôme à n'importe qui.

Bref, quand je tombe sur une histoire qui met en scène des séductrices, des délurées qui n'ont pas froid aux yeux, toutes femmes libérées c'est-pas-si-facile, vraies salopes ou insupportables pétasses, dans lesquelles j'imagine retrouver des traits du caractère de Madame pépète mon ennemie pour la vie, eh bien je lis, je prends, et je recopie, même si c'est pas très bon. Et ça fait le job, ça fait le blog. Les écrivains pour m'expliquer ma vie, et la vie des autres. La vie de l'autre.

Donc mon truc dans ma VDM, en ce moment, c'est traquer (sans le faire exprès, c'est ça qui est bon) les lignes décrivant les affres de la vie de pétasse. Pour comprendre ce qui a poussé la copine de mon mari à pétasser sévère autour de lui, il y a un an. Je veux m'expliquer leur pas de deux, leur parade post nuptiale. Elle divorcée, "mais j'ai quelqu'un, c'est compliqué", lui séparé de moi depuis un an, après trente ans de mariage, trois enfants et un appartement. Trente ans, ça devrait être piétiné à pieds joints, ou effacé d'un coup d'éponge. Comme un serveur qui efface les traces de leur passage, deux cafés serrés en terrasse à Guy Moquet.

Je me fais spécialiste de la pétasse forte tête, genre lionne superbe et pas si généreuse. Je pourrais lire une biographie de Wallis Simpson, la skinny bitch même pas reine, ou Mata-Hari, ou la Montespan, ça serait historique au moins. Déjà que je me jette voracement sur les articles sur Caroline de Monaco (j'avoue, parfois dans les "Grazia" des coiffeurs), elle s'en est payée une bonne tranche la mamie du rocher. Aujourd'hui, je feuillette d'un œil distrait cette nouvelle de magazine, La Soirée d'Agnès, je suis petit joueur. Du genre pétasse snob cette Agnès, femme au pouvoir et artiste reconnue, mais pétasse number one tout de même.

Je n'arrive pas à m'éloigner de mon sujet préféré : trouver au fil de mes lectures de hasard des descriptions de caractères féminins, ou masculins, qui m'évoquent à la fois les personnalités zodieuses de Poule faisane, qui alluma grave mon Chantecler de mari au printemps dernier, et le vil traitre lui même, Dom Juan au râteau (comme saint Sébastien aux flêches). J'aime retrouver en littérature (ou dans un article de "Direct matin" ou "France dimanche", je ne suis pas sectaire), des traits communs à leur histoire que j'ai fait mienne.

Pas manqué, je repère vite des traits communs entre la femme fictive d'Angot - qui doit bien exister quelque part, dans le VIe arrondissement et le Lubéron, avec la ravageuse pour qui mon mari ce salaud a craqué (mais pas sa culotte).

L'Agnès, dont la soirée (le réveillon du 24 décembre) est le sujet de ce petit opus de Christine Angot (téléchargeable pour 0,49 cts sur Amazon, ne vous donnez pas cette peine) est une artiste "internationalement connue", qui fréquente du beau linge et mène une vie bien remplie bien différente de mon métro boulot dodo pourri quotidien (et encore, j'ai vue sur la Seine, de quoi je me plains ?), je ne risque pas de me reconnaître en ce personnage qui "tutoie la ministre" (Christine ? Aurélie ? Fleur ?) et discutait encore la veille avec Andrée (Putman).

"Un petit groupe s'était formé autour d'Agnès, et l'écoutait ... J'ai dîné avec Andrée Pu-tman hier... toutes les conversations s'étaient arretées..."

(ndlc : voilà qui vous date l'affaire il y a quelques années, la célèbre designer ayant rendu les armes).

En gros (prononcer : "angot"), la lecture est agréable tout d'abord, le personnage est bien posé. Angot a aussi de belles pages pour dresser les mille raisons qu'on peut avoir de détester la période de Noël, et ses réveillons où tout le monde se doit d'être entourés d'une famille aimante, sinon rien.

Puis, ça se gâte, quand on se met à la table du réveillon. Dialogues convenus, situations attendues, me voilà surprise par la vacuité du propos. Pas terrible, l'auteur n'a pas grand chose à dire. Le style est mou, sans éclat, l'histoire plate comme un décolleté de mannequin. Angot révolutionnaire, scandaleuse ? Non, tout juste ennuyeuse. De la pâtée pour journal féminin, du mou pour les chattes. Bien déçue.

A côté, mes lectures du jour, les Valéry Larbaud, Marguerite Yourcenar ou François Weyerganz (que des jeunes et des vivants...) que je trimbale en métro dans mon sac en édition de poche, sont des étoiles au firmament de la littérature. Ce qu'ils sont d'ailleurs. A côté de la littérature "Grazia" ils touchent au sublime, ont vraiment de la grâce. Je me fiche pas mal que les auteurs soient tous (?) devenus académiciens, épée tranchant sur le costume vert. Mais je prise leur classe, leur style, leur esprit qui toujours va loin, fuse, vise juste. Me fais me sentir exister de lire leurs histoires. Barnabooth, ou l'alchimiste de l'Oeuvre au noir.

Chef d'oeuvre ou pas chef d'oeuvre, disait Sylvie Joly qui avait bien raison : chef d'oeuvre on y va, pas chef d'oeuvre on s'en tape. Finesse, brio, profondeur. Prends en de la graine, reine Christine. Sans parler de Katharine Mansfield, Carson Mac Cullers ou Joyce Carol Oates, qui sur l'espace d'une nouvelle savent vous déployer un monde, à travers les affres vécues en un quart d'heure ou une vie par leurs héros de papier. Mais pourquoi les Anglo-Saxonnes sont tellement meilleures, c'est dans leurs gênes ?

Car on est bien moins nourri chez l'Angot. Du moins dans cette petite nouvelle sur papier jetable. Comme le papier blanc jeté sur les tréteaux transformés en table, pour accueillir un poulet-salade (on croirait un sketch de Valérie Lemercier, joué avec l'accent versaillais : "A la Renardière cet été on préparait d'énormes salades, c'était super sympââ !) ; ou un réveillon pas si tentant : saumon rose et gigot d'agneau pas saignant, juste angot d'agnès. Ca démarrait bien pourtant, puis pschtt, la table est vite débarrassée, les cadeaux ne valent pas plus de quinze euros, et les convives sont plutôt tristes.

Même à 0,90 cts la version imprimée, la nouvelle est trop chère. Aime bien quand même l'illustration de Charles Berbérian (une rue bleue glacée éclairée de flocons, de guirlandes de Noël et d'une fenêtre rose - comme le logo de "Grazia"), en couverture, très fine.

Allez, je m'en vais recopier des extraits de ce chef d'oeuvre de la littérature. Et les commenter par le petit bout de ma lorgnette.

La soirée d'Agnès, par Christine Angot (2015) : extraits commentés

Agnès vivait à Paris et voyageait beaucoup. On trouvait ses oeuvres dans les musées, ses expositions tournaient partout dans le monde, elle était internationalement connue, tous ceux qui s'intéressaient à la culture connaissaient son nom. Quand elle avait un projet, il lui suffisait de convaincre un nombre limité de personnes, qui se comptaient sur les doigts d'une main, son travail serait exposé dans les lieux les plus prestigieux et ses oeuvres achetées par les collectionneurs du monde entier.

Agnès sortait beaucoup. Les mondanités l'amusaient. Après une journée de travail, il fallait qu'elle sorte, qu'elle respire, qu'elle voit du monde, qu'elle coupe. Elle avait soif de dehors, de rencontres. Craignait toujours de rater quelque chose. Il y aurait peut être, parmi ceux qui assistaient au dîner placé ou au cocktail auquel elle se rendait, des gens qui l'intéresseraient. Quelqu'un de "passionnant", comme elle disait. Ou quelqu'un de drôle, de marrant.

("l'Hu-main avant tout", valeur prônée sur ses CV en ligne​ par Poupoule de luxe la voleuse de mari)

Elle aimait s'amuser, discuter, découvrir une personnalité, elle était toujours à la recherche d'une nouvelle amitié. Elle aimait les projets, les soirées, et enrichir son carnet d'adresses. Elle ne franchissait pas certaines limites. Elle tutoyait la ministre, mais n'aurait pas accepté une décoration de la République. Au moins une fois par semaine, elle recevait. Elle mettait un poulet au four, préparait une salade verte, asseyait tout le monde autour de la table

(madame Tout le monde, quoi, et bien radine, pour une qui expose dans les foires internationales, incohérence de C. Angot ? J'espère au moins que le poulet est de Bresse, la région de la poularde, née à Bourg-en-Bresse ça ne s'invente pas...)

Elle avait une grande maison. La cuisine s'ouvrait sur un jardin, et de l'autre côté sur un séjour immense. En fin de soirée, on pouvait mettre de la musique et danser. Elle avait l'habitude, et le sens de la fête. Elle aimait s'habiller, elle mettait des jupes, des robes, des talons hauts, parfois un petit smoking ajusté. Mais, comme elle avait de très belles jambes, en général elle préférait les montrer. Elle méprisait la sobriété, et à l'élégance préférait l'humour, la couleur, la gaieté. Pour ses cinquante ans, chez un antiquaire du Palais-Royal (ah, plus cher que le poulet), elle avait déniché une robe mauve à croisillons, tissée à la manière d'un filet de pêche, elle en était le poisson, les mailles s'écartaient sur sa peau nue, plus ou moins largement selon les parties du corps et les volumes. A un moment, elle était montée sur la table et avait dansé en riant.

(les boums données sur sa coursive parisienne par Belle amie, qui invite tous ses voisins : normal, ils ne pourraient plus passer pour rentrer chez eux)

Elle aimait les hommes, mais ne pouvait pas se passer de la compagnie d'une femme à qui elle téléphonait plusieurs fois par jour, et qui l'escortait partout où elle allait. Ses amis lui étaient fidèles, elle leur était fidèle, certains depuis des décennies. Elle en avait beaucoup, et pouvait compter à la vie à la mort sur quelques uns, elle suscitait les passions. Certains ne la supportaient pas, d'autres l'auraient suivie au bout du monde et trouvaient impossible de lui résister, quand elle vous demandait quelque chose, il fallait rompre, ou accepter.

A propos d'elle même, elle disait volontiers qu'elle avait tout. De l'argent, elle en avait. Du succès elle en avait. Sa maison, elle l'adorait. Il y avait des espaces séparés, des mezzanines, des ouvertures, des niches, des recoins, elle était belle, grande, calme, on pouvait y vivre et y travailler. Il y avait des fleurs dans le jardin, des arbres fruitiers, et même un petit carré maraîcher. Elle avait sans cesse des idées d'aménagement, et des projets de travaux pour l'améliorer. Il fallait l'entretenir, la faire vivre, la remplir d'amis.

(la maison près de la fontaine (de Vaucluse), en Provence, "pleine d'amis et de famllle", de l'amie pécore Ricoré, si fière de son "THE coucher de soleil" vu de sa piscine, un Angelus de Millet de contentement de soi passe)

Sa vie amoureuse était un peu plus calme depuis quelque temps, mais elle avait été riche, tous les hommes qu'elle avait voulus, elle les avait eus, il avait suffi qu'elle jette sur eux son dévolu, ces derniers mois, elle avait eu moins d'élan, moins d'envie.

Pourquoi ? Ca l'intriguait, pourquoi, depuis quelque temps, ne flashait t elle plus ? Ca ne l'empêchait pas d'avoir une vie sexuelle avec des amants qui passaient. Mais elle n'avait pas de compagnon fixe. C'était la seule chose, disait elle, qui lui manquait. De là à passer les soirées seule devant la télé à pleurer, ou des dimanches à errer dans sa maison, la gorge serrée. Non. Elle ignorait les états désespérés. Elle connaissait l'action et les agendas surchargés. Il y avait trop de pays, trop de paysages, trop de lointains, trop de spectacles, trop de dîners, pour rester des heures à regarder une tâche sur son plafond, qui n'en avait aucune de toute façon. Elle aimait trop Paris. Elle y était née, jamais elle ne se serait exilée.

(pour me rassurer, la désolante Sandrine : "non c'était impossible, on n'imagine pas du tout une fille comme elle, jeune, dynamique, qui en veut, avec quelqu'un comme Didier, enfin Didier quoi...)

Quand elle était invitée à une fête, elle était la dernière à quitter les lieux. Elle vous y retenait le plus longtemps possible. Elle vous apportait un verre. Vous disait que le lendemain vous pourriez dormir. Qu'est ce que vous aviez donc tant à faire ? Vous n'étiez pas marrant. Ceux qui partaient tôt l'énervaient, ceux qui ne buvaient pas, ceux qui ne fumaient pas Pour elle, ils ne vivaient pas. Elle ne les comprenait pas, elle les trouvait tristes, au bout d'un certain temps elle ne les voyait plus, elle ne les fréquentait plus, elle ne les appelait plus, ils l'ennuyaient.

On était début décembre, elle allait bientôt penser à Noël, il lui restait dix jours pour organiser son réveillon. Car le 24, c'était rituel, elle faisait toujours un grand dîner, qui réunissait ceux qui n'iraient pas dans leur famille. C'était l'objectif et la particularité de la soirée d'Agnès.

Pintade analyse

Toutes ces lignes que je retiens, qui ont le seul mérite de m'expliquer (un peu, de loin, très tiré par les cheveux tout ça) la personnalité de la Viens poupoule de mon mari. Comme j'veux ben m'en faire accroire, dit le phoque en Alaska de Beau Dommage. Je fais de la psychologie littéraire. La littérature pour expliquer les passions qui animent nos vies. Réussir à se comprendre soi même, en comprenant les autres, tant bien que mal. Parce que c'était moi, parce que c'était elle. L'universalité de l'Humain (avec une majuscule pour faire plaisir à The pintade, espèce de gallinacée humaine si humaine). Ou (il faut toujours que je répète les trucs dix fois) : comprendre la vie de l'autre, pour mieux se comprendre soi même.

En l'occurence, comprendre un peu la rivale. Par sa vie intérieure, s'il vous plaît. Elle qui n'est pas du tout l'Agnès de la nouvelle, en fait. Pas une grande artiste (faut voir ce qu'elle met sur ses murs, "photos certifiées" airbnb) ; n'est pas riche ("tout le temps à se plaindre", se plaignait un peu le mari marri) ; ne vit pas (du moins à Paris) dans une grande maison... Mais elle a certainement plus que moi le goût de vivre, de mordre à pleines dents un peu partout, pas grand chose ne doit lui résister. Surtout pas les maris benêts et énamourés. Y'a de quoi, regardez un peu.

Comme Agnès qui donne des soirées, The Pintade "fait des fêtes". Dans son appartement minuscule, elle "fait des boums", m'informe Marie, qui fut son amie. "Elle a une coursive, c'est sympa, on peut danser". Pourtant elle n'a pas invité à sa fête d'anniversaire deux jours avant moi (c'était la même année, 62 !) mon mari son grand nouvel ami, le sentant, comment dire, pas très fan des dance floors ? Moins fun que ses copains pédés disco, je confirme. Il serait bien déhanché lui (en mode slow) sur la coursive si elle lui avait donné son code. Il se serait fait une joie de lui choisir un joli cadeau politiquement correct et de gauche. Car "on était de gauche, quoi !", voilà qu'll donne dans l'autodérision maintenant et se gausse de leurs conversations tellement de gauche sur les élections, les films de société, Vincent Lindon récompensé à Cannes, Edgar Morin... Un homme qui ne prend vraiment son pied que devant les matchs de foot sur Canal... Qu'est ce qu'on n'est pas prêt à dire pour séduire. Bad ass que je suis.

Morte de jalousie rancie en imaginant des ressemblances entre la vie réelle de madame pétasse et celle de l'héroïne fringante de Christine Angot. Aussi caricaturales l'une que l'autre, ces bobo(tte)s ? Chaque fois que je lirais un truc relevant un tant soit peu de l'analyse psychologique à deux francs sur des femmes rouées, et rompues aux codes de la société (séduction, mise en scène et réussite sociale, même de façade), je vais le recopier ?

A moi alors les biographies de Rachida Dati, de Trierweiler, d'Anna Wintour que sais-je ? Non, pas ces peaux de vache people, qui battent toutes les autres à plate couture. A travers des descriptions de personnages féminins par des auteurs, j'assouvis mon fantasme de connaître, de comprendre la personnalité de Madame pépète, à travers ce que je sais d'elle, ce que mon mari a bien voulu lâcher sur elle (quand bourré, ou ému), ou par Marie notre amie commune, ou ce que je peux choper sur son mur facebook, sur ses murs airbnbisés (cette mine que l'internet tout de même) !

Pourtant mea culpa, les pétasses ont le droit de vivre ! On est toujours la pétasse, ou la conne de quelqu'un ! Le droit de se faire belles comme des camions pour plaire aux mecs, de jeter ceux ci s'ils ne leur plaisent plus. De brûler leur vie par les deux bouts, de danser comme des folles et fumer et boire et baiser à donf. Et elles ont le droit de me dire merde aussi, et de trouver minable la petite vie que je vis. C'était ma séquence empathie et CNV, notions prisées par poupoulette (un peu énervée ma communication non violente).

Je n'ai pas d'autre moteur au cul que me venger de ce qu'il m'a fait, en essayant de comprendre. La vengeance par l'analyse, en superposant des bouts d'histoire, inventés, mais calqués sur des personnes réelles. Moi qui ne fréquente personne de semblable, qui suis différente, qui ne suis pas à l'aise, je laisse les auteurs croisés de hasard m'apprendre leurs ressorts, aux heureux du monde, aux rois de la fête. Ma thérapie par leur écriture.

Pitié, demain j'arrête. De lui faire cet honneur, de parler d'elle tout le temps, de penser à elle tous les jours, de l'étudier comme un objet si digne de mon intérêt. Demain.

Et Angot, dans tout ça ? L'auteur ! L'auteur !

L'histoire manque un poil d'intérêt. Tout ça est pauvret, manque d'envergure. Sauf pour la description des esseulés de Noël, j'y reviens plus tard. C'est le morceau de bravoure de la nouvelle, ce qui la rend intéressante. Tiens, comment elle fête Noël la pintade, est-ce qu'elle fait rôtir une comparse à la broche ? Je suis incorrigible...

On est reçus chez Agnès, artiste reconnue, qui n'est pas Sophie Calle (c'est dommage, on rirait plus). Question milieu, on ne peut pas faire plus friqué, plus proche du pouvoir. C'est pourtant une boboïtude revendiquée qui donne le ton, un peu cliché. Le lieu de l'argent, d'une certaine réussite, c'est l'art contemporain. Angot situe sa nouvelle dans le milieu des intellectuels parisiens, amateurs d'art, gens puissants ou pas, presse, médias, etc. Qui ne parleront pourtant que cuisson de gigot tout au long du réveillon, ils sont restés simples. Les lectrices n'auront pas de mal à s'identifier, et elles auront en outre fait un petit tour au grand Art, ça va les décoiffer. C'est un fait, ça fait belle lurette que même dans les magazines féminins, Doux Noeud et autres, on ne fait plus dans l'hospitalier. Exit les infirmières amoureuses des chefs de cliniques. Les hommes en blanc d'André Soubiran ne passionnent plus personne. Les lectrices de "Grazia" ont toutes entendu parler d'Andrée Putman et de Sophie Calle. Sinon, leur journal magazine préféré est truffé de bonnes adresses pour designer leurs intérieurs dans l'air du temps.

C'est Christine Angot, la reine Christine merde quoi. Capable à son meilleur d'écrire de bons récit sautobiographiques, "contemplateurs de soi-même", touchant par là à l'universalité en renouant avec une forme de sincérité, de vérité, d'authenticité, de simplicité et surtout, d'émotion.

Au fil de la lecture je me fais plus indulgente, Mac Cullers et Mansfield s'éloignent. Allez, c'est quand même pas Christine-Musso-Lévy, l'Angot, dans son manoir de Noël (allusion à une demeure normande bien fréquentée, le manoir d'Ango, je fais ma prétentieuse).

Même si dans cette nouvelle sur commande, un peu baclée, sous couvert de dénonciation complice, clin d'oeil "on me la fais pas à moi", "je fréquente ce milieu mais je ne suis pas dupe, et je vous en donne les clés", Angot est quand même beaucoup moins drôle que Proust quand il raconte les dîners de la duchesse. On le soupçonnait. Mais c'est bien regrettable, même si le supplément de "Grazia", format 15 cm, est plus vite avalé que "La recherche".

J'ai bien aimé le début, je le recopie assez. La description d'Agnès est bien menée, on suit bien le truc. Puis quand les autres personnages arrivent, baisse de régime. Angot semble se désintéresser du pitch qu'elle a inventé (ou pas, l'auteur doit avoir passé beaucoup de soirées avec beautiful people-beautiful losers so artists). Mais c'est tellement moins drôle que les soirées de Mme de Guermantes. Duchesse, ou pas duchesse. Tellement plus plat, échec à la reine.

Angot ici fait la bobo-sophe, néologisme, en écho lèche-bottes de la bien-pensance made in "Grazia". Ca a les couleurs de la rébellion, mais ça porte les habits papier glacé qui se déploient en page centrale du magazine. Avec un mal de vivre smart et pas si élégant, le style n'est pas là.

Angot aussi politiquement correcte que le thème de l'année des cadeaux de Noël qu'elle fait s'offrir les uns aux autres aux hôtes d'Agnès, du chocolat équitable, de la récup. écriture pas si transgressive, qui laisse indifférent, un peu raté.

Rien à récupérer, alors, à part un semblant d'analyse psycho-sociologique, en deux coups de crayon à paupières, qui m'éclairerait les agissements de la poulette de mon mari ?

Oh, que si ! Merci Christine pour ce portrait de femme, bien éclairant pour la cave que je suis. Je ne parle pas d'Isabelle, l'amie chez qui la soirée a vraiment lieu. Là, amours et désillutions convenues, rien à sauver. Juste son appartenance à la tribu de ceux qui n'aiment pas fêter Noël, pour mille et unes raisons qui font toutes sens.

Avec son assaisonnement relevé d'arguments imparables et féroces pour passer un Noël hors famille, le réveillon d'Agnès se fait savoureux. On en croquerait, du petit Jésus en culotte de velours dans la crêche designée Putman. Je m'en vais bien vite, quand j'aurais un ordi digne de ce nom (saint Mac, priez pour moi), vous mettre en guise d'appetizers les photos que j'ai prises des bonnes pages de la soirée d'Agnès. La dinde est bien truffée aux marrons, ceux qui font mal.

Ses lecteurs en parlent mieux que moi (d'"Un amour impossible")

Pourtant, mauvais fille que je suis, je ne résiste pas au plaisir de glisser perfidement en cadeau d'adieu ces quelques critiques du roman de C. Angot, "Un amour impossible" - quel beau titre pour "The affairs" du mari... Je n'aurais pas fait mieux, tiens je m'en vais baptiser une de mes "catégories" de ce beau titre évocateur.

Pas lu ce pauvre amour impossible. Mais les petites critiques qui suivent, trois fois rien, de ce roman, trouvées sur le site Babélio (http://www.babelio.com/livres/Angot-Un-amour-impossible/725117/critiques?a=a&pageN=4), expriment mieux que je ne pourrais le faire mes sentiments généraux sur le petit texte que je viens de lire.

(janvier 2016)

Christine Angot a fait sa réputation avec des textes sulfureux, provocateurs et souvent polémiques. Je m'attendais donc à découvrir un roman vraiment différent avec de l'originalité. Après tout ce que j'avais entendu de cette auteure, je pensais recevoir un uppercut et me préparais à être secoué et m'en réjouissais d'avance.

J'ai ouvert le livre, lu quelques lignes, quelques chapitres, puis quelques pages…j'assistais à la vie banale d'une famille banale. Aux abois, je guettais le moment où tout allait basculer et où la grande Christine Angotallait faire son apparition. A la fermeture de la dernière page quand j'ai posé l'ouvrage sur ma table de nuit, j'espérais toujours en vain. le récit de ses parents est particulièrement insipide et n'a aucun intérêt (juste pour elle peut-être !). le style Angot ne m'a pas du tout convaincu. L'écriture est commune et handicapée par de longs dialogues sans fin. Je n'ai pas reconnu la plume acérée que l'on m'avait annoncée. Les échanges entre les personnages sont truffés de bons sentiments et débordent de naïveté. Paradoxalement, tous les évènements rencontrés sont assez crus et durs alors que les réactions transpirent la tendresse et le pardon.

En racontant l'histoire de ses parents de son point de vue mais sans jamais m'ouvrir la porte de ses sentiments, Christine Angot m'a laissé en dehors de son drame et je n'ai à aucun moment été ému ou concerné. J'ai regardé ces échanges verbaux dépourvus de personnalité sans la moindre implication.

J'ai trouvé ce court texte insignifiant et beaucoup trop convenu pour rester dans ma mémoire. Je pourrais me dire que je n'ai pas commencé par le meilleur livre de sa bibliographie, mais c'est Christine Angot elle-même qui m'a conseillé de débuter son oeuvre par celui-ci. C'est pourquoi ce sera surement ma première et ma dernière rencontre avec cette auteure! Tant pis…

Stop! J'ai pourtant résisté, mais stop, j'abandonne. Je ne comprends pas toutes ces critiques élogieuses qui m'avaient incité à lire « Un amour impossible » de Christine Angot. Encore un auteur qui nous impose sa psychanalyse en revenant sur son histoire familiale. J'ai trouvé cela ennuyeux et mal écrit, je n'ai pas pu le finir.

Après lecture, je choisis sans hésiter le camp du ridicule. Je n'ai pas bien compris où l'auteur voulait en venir, j'ai essayé pourtant de trouver de la profondeur à la platitude... j'ai cherché la musicalité dans les répétitions, peut être un sens aigu de l'absurde ou du comique de situation, j'ai cherché aussi le fameux héritage durassien ... en vain. Une écriture sans relief parfois vraiment pénible, qui fait un peu pitié ...

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #infidélité émotionnelle, #littérature, #the pintade

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