Onychophagie ? oui merci, avec un petit goût de peau du doigt

Publié le 31 Octobre 2013

2013-10-14 22.23.36Vous reprendrez bien deux doigts de porto ?

 

Aïe ! Lors d'une pièce de théâtre vue à l'Odéon, une lecture pour être plus précise, ne me suis pas du tout ennuyée, car ces textes d'une "femme des Lumières" sur des femmes du XVIIIe siècle, Madame du Châtelet,  (Madame de Saint-Lambert par exemple lus par la jolie actrice blonde Nathalie Richard étaient passionnants, comme le débat qui a suivi avec l'auteur, "troublée d'avoir entendu ses textes ... qu'elle n'écrirait pas comme ça aujourd'hui. Alors quelle mouche me piqua (la joue, comme un maquillage ? non, plutôt du genre piqûre longue à partir...). Pendant toutela durée de la lecture, puis du débat, 1 h 30 environ, je ne cessai de me ronger les ongles ou plus particulièrement de me bouffer la peau des doigts. Tic ou TOC fréquent chez moi mais que j'arrivais jusque là à maîtriser, en tout cas depuis la rentrée de septembre. Las, plus rien ne m'arrête et mes jolis doigts (faut le dire vite) ne sont plus qu'un lointain souvenir.

Quelques photos prises à l'arrêt de bus, doigts plaqués contre une publicité lumineuse et viandarde bien de circonstance, pour Mac Donald's, puis dans le bus de retour chez moi, des photos intimes et dérangeantes, mais même pas sexuelles. Petite recherche sur le net m'apprend que la vilaine manie de l'onychophagie (se ronger les ongles), et au delà les peaux autour desdits ongles, premières phalanges des trois premiers doigts de chaque main (mais comment s'appelle cette honteuse manie là ?), s'apparente à l'onanisme. Certes je me lèche et je me papouille et je me délecte de la peau de moi même. J'y voyais plutôt de l'automutilation tendance anthropophage, et voilà tout ce que je trouve sur mon cas médical :

Allez, quelques photos peu ragoûtantes, pour le plaisir de faire du "avant-après". Une semaine après, les phalanges sont passées au stade croutes marron légères, surface grumeleuse, bien tentant d'arracher tout ce qui continue à micro-dépasser.

 

2013-10-14 22.02.43-copie-1

 

2013-10-14 22.03.42

 

2013-10-14 22.21.08

 

2013-10-14 22.04.02

D'autres belles photos bien ragoûtantes de mes dix petits doigts bien rongés et mangés ici

 

Mon Dieu en me relisant je réalise quà l'époque où je prenais ces pathétiques photos de mes doigts rongés, j'étais en pleine mésentente avec mon mari, qui m'était infidèle en flirt et en pensée à fonds les ballons à ce moment précis de l'automne, toujours fourré à Saint-Germain-en-Laye... Donc je n'allais pas bien, je sentais des choses, je me faisais du mal ausens propre.

Voir article "Bien du plaisir" (plaisir causé par les dix doigts du conjoint, pas rongés, et souffrance dûe à leur remarquable aptitude au claviotage de textos sms infidèles). Sa conduite continue à me ronger aujourd'hui...

 

 

Pour l’anecdote rappelons que jusqu’après la deuxième guerre mondiale, la tradition médicale voyait dans l’onychophagie un signe de perversité et d’onanisme (Emmanuel Mounier).

Plus de 10 % des enfants scolarisés, garçons ou filles, se mangent les ongles (onychophagie). Se ronger les ongles est surtout fréquent entre 10 et 14 ans mais l’onychophagie peut persister jusqu’à  l’adolescence et même l’âge adulte.

 

Description de l’onychophagie

L’onychophagie est une activité hygiénique normale de l’être vivant possédant des griffes ou des ongles. Il lui est utile de les entretenir ce qui implique l’usage des dents, sauf pour l’être humain qui dispose d’outils manucuriaux (ciseaux, coupe-ongles, limes, etc…).

Cette activité hygiénique peut dépasser ce qui est utile pour prendre le caractère d’un symptôme : il s'agit alors, de se ronger les ongles de façon non maîtrisée, et les dents peuvent alors détruire une bonne partie de l'onglue au lieu d’en assurer la simple régularité et s’attaquer même à la peau avoisinante des doigts des mains ou des orteils.

L'onychophagie apparaît dès lors comme un acte auto-agressif dérivé de la pulsion sadique orale retournée contre le corps propre du sujet et manifestant une forme d’anxiété dont elle constitue partiellement un remède

 

 

 
 

 


Description des onychophages

Bien des auteurs décrivent l'onychophage comme un

- sujet vif, hyperactif, instable, nerveux, tendu, autoritaire, anxieux
- qui a du mal à extérioriser ses sentiments
- on note parfois une forme de retrait : indifférence apparente, distraction
- ou de refus : désobéissance, difficulté à écouter et mémoriser les ordres reçus

 

 

 

Environnement de l’onychophage

Ce type de symptôme est augmenté quand l’environnement est plus froid, moins personnalisé, permettant moins d’interactions entre le sujet et les autres.

On peut notamment parfois observer concernant le sujet :

  • déménagement, destruction ou perte du logement
  • relation entre les parents tendue ou peu claire : divorce, mésentente masquée, infidélité, etc.
  • absence mal expliquée ou mal acceptée d’un des parents
  • difficulté pour un des parents ou beau-parent d’exercer valablement sa fonction
  • mauvais traitements et humiliations
  • rivalité avec frère(s) ou sœur(s)
  • problèmes par rapport au milieu scolaire : pression excessive, peur des examens
  • stress en général
  • Il existe une onychophagie mimétique, ou onychophagie d’imitation, de sorte qu’on peut assister à des sortes d’ "épidémies" dans un groupe familial, scolaire, etc. (Comme le sujet admire un de ses amis qui se ronge les ongles, il se met à l’imiter).

 

Tempérament du rongeur d’ongle ?

Pour L. Bovet, l’onychophagie serait en relation avec le tempérament cyclothymique alors que pour E. Mounier l’onychophagie est souvent révélatrice d’une forme de schizoïdie : « par excès de concentration, le sujet se ronge lui-même ».

 

Psychodynamique de l’onychophagie

 

On sait que se ronger les ongles peut résulter de frustrations accumulées, de la timidité et de la baisse de sa propre estime. Il semble y avoir un rapport entre l’onychophagie et une situation de tension affective frustrante qui engendrerait ce comportement auto-agressif.

Le fait que les ongles soient des armes naturelles chez l’homme comme chez l’animal nous amène à considérer qu’ils sont solidaires de toute forme d’agressivité.

 
 

L'agressivité n'est pas encore, pour l’instinct de puissance, cette frénésie qui en fera le moins domesticable des instincts ; elle en est le premier frémissement, l`irritation vitale. Il arrive souvent, qu'elle développe elle -même son propre frein. Ainsi, elle se signale souvent par l’habitude de se ronger les ongles, symbole d'agression : elle se retourne ainsi contre elle -même et simule de se désarmer (Emmanuel Mounier, p.575 sq.).

M. Bonaparte considère l'onychophagie comme une manifestation d'auto-érotisme et de masochisme, qui retournerait contre le sujet lui-même une agression primitivement adressée au monde extérieur et se manifestant, dans le fait de se ronger les ongles, sur le plan symbolique.

C’est assurément une conduite agressive culpabilisée, l’agressivité étant retournée contre le corps propre (auto-mutilation auto-punitive).

D’autres auteurs, remarquant surtout l’aspect de jouissance masochiste, expliquent que le sujet qui ronge ses ongles et mord ses doigts satisferait des besoins masturbatoires et se procurerait dans un même mouvement, le plaisir de l'acte défendu et sa punition.

La tendance agressive exercée sur le corps absorbe, tant que ça dure, l'intérêt entier de l'enfant ; il s’adonne à sa répétition avec des variantes, ne cesse d’en augmenter l’intensité destructrice, jouissive et douloureuse s'élevant vers un point culminant voisin de l’insupportable.

Pendant cette action de style auto-centré, narcissique, le sujet tend à se retrancher du monde ambiant (comme il le fait dans le suçage de doigt ou la masturbation) .

Emmanuel Mounier (p.520) décrit une forme de dépendance, basée sur un attachement infantile excessif à un des deux parents, dépendance qui entraînerait un souci excessif de l’ordre, des formes et conventions sociales, de crainte du « qu’en dira-t-on », d’intimidation chronique et diffuse, de croyances superstitieuses à de petits signes « providentiels ». « Cet intellectuel qui a la manie de se ronger les ongles sursaute, comme un enfant en faute, quand la sonnerie du téléphone le surprend dans cette occupation anodine » .

 

Comme l'affirme une personne sur une fiche de discussion dans wikipedia, l'automutilation est beaucoup plus qu'un simple trouble de comportement. Lorsque vous êtes victime de ce trouble vous commencez à vous infliger des blessures. C'est un trouble mais c'est plus précisément un moyen d'apaiser ses souffrances, tout comme la drogue ou l'alcool.

Pour que le trouble s'installe, il faut que la personne "future auto-mutilée" soit dans la "dépression" déjà depuis un long moment, ce n'est pas directement que l'on va s'attaquer à soi-même, c'est après avoir tenté mille choses que l'on ne trouve pas efficaces pour se sortir de sa "tristesse", de sa "dépression"... tous les termes de ce champ lexical...

Peut-être, espèrent les personnes qui s'auto-mutilent, trouveront elles un moyen de sortir de ce malaise... mais ça ne fait qu'en créer un nouveau.

Une personne qui souffre de ce trouble, déclare "Je sais de quoi je parle... avant de m'automutiler, je n'avais pas du tout tendance à m'infliger des blessures, je n'aimais pas du tout ça... je n'aime toujours pas d'ailleurs. Ca peut même affecter les personnes qui n'ont pas de tendance innée à s'infliger elles-mêmes des blessures, ça peut même être tout le contraire de celà…  des personnes n'ayant jamais utilisé la douleur pour se sortir d'un malaise trop dur à affronter, "peuvent" essayer celà en pensant que c'est une solution comme une autre pour s'en sortir...

Il est très difficile de sortir de ces situations de "dépendance". Pour cela, il est nécessaire de recourir à des aides; s'appuyer sur des amis et une famille qui vous soutiennent, sinon, le chemin peut s'avérer long et difficile... même avec des appuis, c'est quand même très dur de s'en sortir, mais dès que l'on a quelqu'un à qui parler c'est déjà énorme... ça soulage.

Les médicaments sont souvent une aide précieuse, pour éviter de "craquer" trop souvent. Les médicaments sont surtout là pour modérer ces actions, parce qu'ils ne les suppriment pas. On peut éviter de se faire du mal dans certains cas et même beaucoup, mais moins qu'en l'absence de médicaments.

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #douleurs multiples et avariées

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article