Talon douloureux, ô Achille Talon tu me fais du mal ! Et le poumon, vous dis-je aussi !

Publié le 12 Octobre 2013

       

Mes talons se meurent, mais ne se rendent pas. Surtout à leur destination imposée par ma volonté et mon envie de marcher et d'ââler plus loin, d'ââller plus haut (air connu). Mais bon quand les arpions ne suivent pas, on ne va pas bien loin.

Qu'est ce qui se passe encore avec mes "unhappy feet" ? Ceux que je viens tout juste de montrer à mon généraliste, profitant d'une consultation pour faire le point sur mes douleurs multiples et avariées. Les petits petons au préalable peinturlurés  (les ongles seulement) tour à tour de bleu/vert scintillant, puis d'orange clinquant, et enfin de bleu outremer, pour fêter la fin de l'été en ce début d'automne au frigo.

Je me suis acheté sur un vide-grenier des sandales compensées à la semelle en forme de coque inversée, les fameuses MBT les chaussures de santé sur lesquelles on chaloupe. Paraît que cette drôle de démarche est bonne pour la gymnastique des fessiers, que ça muscle le popotin. En tout cas c'est de la bonne semelle bien épaisse et moëlleuse, quasiment orthopédique. Pour moi de vraies pantoufles, qui me grandissent en plus. Mais importables à la mi-octobre quand la température descend comme à fin novembre. Le marchandage de ces merveilles fut ardu, leur propriétaire (j'ai des doutes, une vieille acariatre mal habillée) ne voulait pas les lâcher à moins de 10 euros, ç'aurait déjà été une affaire car la marque MBT affiche des prix avoisinant les 130 euros minimum la paire, sur le net comme en ville. Je les ai obtenues à seulement 8 euros (yeah), grâce à une copine de la vendeuse (du coup ulcérée), qui vendait ses trucs sur le stand d'à côté. Du coup je les ai portées quasi tous les jours depuis quinze jours, profitant des restes de l'été indien. Des jolies compensées, sandales noires à brides en cuir vernis noir avec donc cette semelle typique des MBT, un peu japonisante, qui fait tout leur charme.

Dernière sortie vendredi dernier pour ces pieds-nus, le jour de ma consultation médicale, mis en l'honneur de mon gentil docteur (et aussi pour leur facilité d'enfilage). Ledit docteur sera passé de l'auscultation de mon coeur extrastystolé à l'étude rapide de mes pieds chéris, me voilà étudiée, voire détaillée de haut en bas.

 Il me demandera la permission de me laisser ausculter aussi par l'étudiante en médecine stagiaire qui assiste à la consultation, pour qu'elle "entende" mon rythme cardiaque, ô le beau cas. L'étudiante réagit tout au long de la masterclass fort mollement aux sollicitations du bon médecin-bon professeur, incapable qu'elle est de répondre pertinemmant aux interrogations du médecin professeur. Et moi de servir de cobaye, que personne ne tombe sur cette Diafoirus en jupons  avant qu'elle ne se soit un peu bonifiée avec l'âge et l'expérience.

 Mes petits ongles de pied sont donc joliment peints de bleu, pour la circonstance une deuxième couche de vernis passée le matin même en l'honneur du docteur que j'aime bien même si ses chemises mauves et ses manières trahissent un penchant certain pour les garçons. Quand on pense que certains patients ne se lavent qu'un pied, le malade, avant d'aller consulter ! Mais ai-je raison de les traiter ainsi, vu ce qu'ils me font souffrir, cette paire de pieds que j'ai au bout des jambes, surtout le gauche ? Certes ils sont obligés de porter mon poids toujours s'alourdissant depuis tant d'années, même si je ne suis ni obèse ni ancêtre, même si "c'est pas le pied". Mais "de quoi sont les pieds ?" (vieille devinette de mon mari en forme de blague) : répondre "les pieds sont l'objet de soins attentifs", bien sûr, comme "les petits pois sont rouges".  

Le docteur passe de l'auscultation de ma poitrine bronchiteuse et syncopée à la palpation de mes pieds. Me tate le talon gauche, là où j'ai mal, n'y passe pas assez de temps à mon goût car j'aime bien les massages mais ça fait déjà plus de vingt minutes que la faculté se penche sur mon cas.

Soit-dit en passant pour l'étage au dessus, il me prescrit désormais, en essai, du "Sartan" à la place d'"Aprovel", il veut essayer chez moi un autre anti-hypertenseur qui éviterait  selon lui la toux dont je me plains depuis des années, alors que je ne suis pas fumeuse. Ignorantus me dis-je, ces médicaments peuvent parfois dans de rares cas provoquer des toux sèches, jamais des toux grasses, y'a qu'à lire la notice. Tiens, ce ne serait pas ma fragilité des bronches de vieille catarrheuse qui serait en cause ? Le diplômé de la spécialité (comme le médecin mon voisin de palier à la mer, qui marque sur la plaque du cabinet sur la façade "spécialiste de la généralité") me parle de tests de respiration.  "Vous avez déjà soufflé dans des tuyaux" ? demande-t-il. Hélas pas assez souvent me dis-je en pensant à d'autres corps caverneux.

    Souffler dans des tuyaux, ça veut dire que je suis bonne pour repasser en phase de gorge rendue - au sens de "rendre gorge", j'invente des expressions, je suis une poète -, et de souffle rendu lui au bout  du rouleau. Me sens encore prête à me trouver mal au souvenir de mes poumons vidés de leur air par la machine (toujours cet "air absent" qui me caractérise), lors de cette séance de torture sous forme d'examen pneumologique pratiqué sur ma petite personne âgée de 11 ans à Font-Romeu, Pyrénées-Orientales. Envoyée là bas pour récurrence de mes bronchites asthmatiformes, car cette histoire de poumon vous-dis-je ne date pas d'hier. Souvenir encore douloureux quarante ans après de la sensation d'avoir été au bord de l'évanouisement et m'être sentie au martyre, en tout cas en tout cas au bord de la désoxygénisation. J'étais à cette époque en classe de 5e, interne dans un établissement climatique nommé le "Chalet Saint-Georges" de Font-Romeu, histoire sans doute de terrasser les dragons qui enflammaient nos bronches. Heureusement je découvrais en même temps "Autant en emporte le vent", pavé acheté en deux tomes de la toute nouvelle collection Folio avec mon argent de poche, un baume dépaysant sur mes malheurs de S.  

   Le toubib à son étudiante :  "Que doit on évoquer en face d'une toux chronique et rebelle ? En tout cas chez cette patiente pas le cancer, depuis 2005 [début de ma toux] elle ne serait plus là !" (humour carabin, où on voit que le cancer tue toujours...).  J'apprends que je suis "dyspnéïque" : j'ai des dyspnées, des essouflements. Avec des extrasystoles comme s'il en pleuvait, désormais tout le temps, à chaque auscultation en tout cas. Une gynéco qui me faisait une échographie vaginale (j'adore le mot "vagina", prononcé en anglais, [veudjaïna], s'alarmait d'icelles et m'enjoignait d'aller consulter un cardiologue illico, au vu de mes salves regina. Ce qui fut fait (objet d'une future communication scientifique).  

Mais les pieds, me direz-vous ?  Revenu s'asseoir derrière son bureau, le praticien me complimente sur la beauté de mon vernis fait la remarque que "mes pieds commencent à se déformer". C'est la confirmation que eh oui j'ai bien un hallux valgus, pourtant je la trouve mignonne et pas encore trop déformante cette petite bosse (surtout à gauche) qui pointe au dessus et à l'extérieur de mes penous (terme occitan, du patois de ma grand-mère du Lot-et-Garonne). Enfin je dis ça car pour l'instant les oignons surtout le gauche, toujours le côté sinistre, me laissent tranquille, en ce moment c'est le talon vous-dis-je.  

Tous les matins depuis je ne sais combien de temps (d'ailleurs en tapant ces mots je ressens un élancement, directement du clavier au nerf...) des raideurs et des douleurs se font sentir dans mes pieds quand je me lève. Ca passait toujours assez rapidement jusqu'à présent, plus ou moins. Souvenir de la toute première fois, cette stupeur éprouvée devant le non obéissement de mes pieds jusque là fidèles et respectueux du "silence des organes". Je devais avoir 40 ans lors de ce soudain arrêt désolé et forcé sur un banc au bord de la promenade du Clair de lune à Dinard en Bretagne. Pas franchement romantique de devoir arrêter la balade pour cause d'insupportables élancements stoppant tout net toute velléïté de poursuite de marche. Ca s'était remis tout seul, comme souvent ensuite, mais tout de même une première alerte à l'arthrose, de quelques heures à peine, vite oubliée et vite aussi rappelée à mon bon souvenir, cette arthrose débutante, galopante - moi en tout cas je ne galope plus -, à chaque port de talons un peu haut et cambrés, spécialement sur la piste de danse, une horreur. Mais comment faire pour aguicher sans talons, mes ballerines ne font pas de moi une Bardot (d'ailleurs aujourd'hui courbée sur sa canne et perclue de la hanche, le sex symbole).

Phénomène peut-être consécutif au port prolongé de tongs pendant l'été, le pied étant alors trop peu tenu, les orteils crispés pour tenir la "chaussure", et trop à plat. Mauvais aussi les petites semelles en cuir, trop peu amortissantes et protectrices contre le sol dur. Mais j'adore les tongs et les ballerines !!! Alors tant pis pour moi je l'ai bien cherché, non l'injustice des gènes et l'anéantissement petit à petit du corps-capital.

Donc c'est nouveau ça, j'ai (super) mal sous le talon gauche. Me suis souvent plainte dans ses colonnes d'un autre genre de douleurs dans les pieds, tout à fait réelles si le docteur dit bien que "mes pieds se déforment", et qu'"il me faut des semelles pour soutenir la voute plantaire".

Tiens, encore une devinette : quelle est la seule plante qui marche ? la plante des pieds, la mienne plus tellenment hélas. Mais arrêter de me plaindre, je ne suis pas paralysée, je marche en ayant mal, c'est tout. Jusqu'au moment où je ne pourrais plus.

Me suis sentie le besoin d'alerter le corps médical sur cette nouvelle défaillance du mien, de corps, suite au fiasco de la fin de ma randonnée organisée par mon association du personnel un samedi de début octobre, la semaine dernière. L'idée m'avait juste effleuré qu'il ne faudrait pas que j'ai trop mal aux pieds, mais n'aurais jamais pensé me retrouver si handicapée et que mes collègues randonneuses avec moi d'un jour, plus tard croisées dans les couloirs de bureau, me demandent toutes des nouvelles de mes pieds, l'air apitoyées...

C'était pourtant bien parti, à 8 h 50 d'un train de banlieue gare de l'Est, vers au delà de Meaux, pour une gentille et "facile" balade sur les chemins de halage du canal de l'Ourcq (Trilport, Isles-Armentières...) Très joli, de l'eau, de la forêt, des champs pourvoyeurs en noisettes, noix, raisins, pommes et épis de maïs (immangeables, durs comme du bois même après deux heures de cuisson, je plains mon gaz et ma fatigue d'avoir porté ces kilos supplémentaires).

Randonnée "facile" tu parles, certes c'était plat et la distance parcourue n'était que de 15 km, mais il nous a fallu 5 ou 6 h de marche pour les parcourir. Surtout avec un talon gauche douloureux à chaque pose de pied au sol, sans parler d'une énorme ampoule découverte au retour la traitresse sous le petit orteil à droite. Dès le début de l'après-midi (après la pause repas, donc le temps de repos) j'eus très mal, et me mis à traîner du pied de façon de plus en plus marquée. Les arrêts cueillettes, dont je fus une des principales fautives, et ma boîterie bien remarquée par les deux charitables qui me succédaient dans la file des randonneurs, nous valurent des reproches de l'organisatrice, une jeune femme évidemment pétante de santé et un tantinet militaire.

Presque aussi handicapée que moi et comme moi  loin derrière les autres, une randonneuse trainait aussi la patte. Elle s'était fracturée la malléole il y a trois ans, et en souffrait encore, la douleur réveillée de plus en plus au fil de la balade qui s'accéléra soudainement et insupportablement en fin de parcours dans le but d'attraper le train, merci la SNCF.

Le soir je ne pouvais plus faire un pas et marchais comme une petite vieille, la douleur étant passée du talon à la totalité du pied, cheville comprise, trop serrée dans les chaussures de ma fille scoute, pourtant du 41 fillette.  

 "Depuis, j'y pense toujours".... C'est aussi le vers final du si joli poème "Vieille chanson du jeune temps",  où "Rose au bois vint avec moi..." (Victor Hugo). Comment une histoire de pieds peut-elle bien mener à évoquer la poésie ? Ben quoi, le système "métrique", les alexandrins vers de 12 pieds...

Nota, moi je n'ai que ma douleur de pied qui vint avec moi au bois, personne avec qui s'agenouiller dans les sous bois. Bon d'accord une balade entre collègues de bureau organisée par l'association sportive du personnel, ne rêvons pas. Rendez-vous galant pris plus tard auprès d'un podologue de quartier, radio à faire au préalable. Le généraliste suspecte une "épine calcanéenne", c'est vite dit, j'en ai déjà eu une (le pied me poursuit depuis longtemps). Ce n'est pas l'épine la raison de la douleur, je me suis renseignée sur le net vous pensez-bien, parlez-moi plutôt de "fasciite plantaire", d'"aponévrose du pied", etc. La suite au prochain numéro, mais guérissez-moi tout de suite (voeu pied pieux) ou je fais un malheur. Parler moi d'moi et marcher, y'a que ça qui m'intéresse...

     

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #douleurs multiples et avariées

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