Jackie Berroyer, et l'amour dans tout ça ? La fête du slip et de la musique

Publié le 12 Juin 2017

"Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde"

"Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde"

"Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde" / Jackie Berroyer

Un peu de bibliothérapie, lire les malheurs des autres me réjouit en général, je ne suis pas une belle personne. Dans le cas de Jackie Berroyer, c'est qu'on l'aime cet homme là, et dans son dernier livre "Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde" (un bon nom de blog catégorie journal intime), me réjouissent particulièrement les considérations d'"auto-affliction" sur sa vie sentimentale qui parsèment sa prose musicale, goguenarde et follement gaie. Tout est bon dans le Jackie, tout ou presque serait à recopier ou mémoriser, les anecdotes et souvenirs musicaux en premier lieu : dans ces chroniques musicales, parues pendant un bon pan de vie, je n'opère que de délicats et courts prélèvements, sur ce qui me touche sur ce blog, à savoir l'infidélité, les rapports amoureux, toutes ces choses... Très émouvant à lire, très drôle aussi, son "ressenti" (un mot qu'on va finir par ne plus pouvoir sentir) amoureux, le bonhomme se livre avec sincérité, et n'offense personne au passage. Ce n'est ni malheureux ni heureux, c'est une vie d'homme qui aimé et a aimé plein de jolies jeunes filles, et c'est tant mieux pour lui, celles qui ont été prises ne sont plus à prendre.

Allons-y dans le recopillage de l'ouvrage, un recueil de chroniques musicales parues dans la revue suisse "Vibrations", "Siné mensuel" et "Fluide glacial", accompagnées de commentaires ultérieurs et inédits - dont les plus récents font état du cancer de la gorge qui embête bien et nous aussi pour lui ce cher Béru - un surnom san-antoniesque que je lui donne. De quoi se pendre de belles notes discogr., pour la retraite.

Pas tant que ça du pillage, mon recopiage de cet essai indispensable, je m'en vais l'offrir toutes affaires cessantes à mon heureux mari pour la fête des pères, qui se rappelle à nous ce 18 juin. Mari Didi qui n'a que sept années de moins que Berroyer, et pas encore de cancer, juste titulaire d'une épouse jadis bafouée sur l'autel et à l'hôtel, qui ne pardonne rien carne que je suis, mais profite du bon temps conjugal retrouvé. Car les braves garçons qui aiment le rock, le blues, le jazz, Siné et Nabe ne sauraient être si mauvais, même avec des blondes habillées en rouge (des pintades quoi) dans le viseur. Mon mari ne s'en reconnaîtra que mieux. Et il m'est bon de savoir ce qu'il y a dans leur tête, à ces bons zigues, à propos des filles plus jeunes, je me fie à Berroyer, c'est un connaisseur. En plus, il fait des jeux de mots.

Je redonde, je redouble comme Camille, le texte de cet article est publié deux fois, ici où je le laisse, sur ce blog où j'ai initialement choisi qu'il soit, mais aussi sur mon blog "officiel" - connu du mari, tiens, mais qui n'y va jamais, pas trop de chance qu'il tombe dessus. How much time ça va tenir, à hue et à dia ? Trop de similitudes entre le Jackie de 1946 et le Didi de 1953, ces vieux rockers qui les feraient bien toutes fondre contre leur perfecto, les salauds. Je les aime.

"La grande nouvelle, c'est que je divorce. Ma femme aussi. Pour ça, on s'entend bien. J'avais opté pour la vie de famille, je n'ai pas su bien m'y prendre. Je me marie de temps en temps. A la va-comme-je-t'épouse. Tout s'effondre, je vais avoir de la disponibilité. Il va y avoir du bon. Cette liberté dont je ne voulais pas peut m'aller bien, je le sens. Si ça n'allait pas si mal, ça irait très bien grâce à cette liberté retrouvée. Je me tuais à tenter d'écoper dans le bateau, on a fini à la nage. Prenons-le bien. Comme disaient les autres : "on vivait dans la crainte, on va vivre dans l'espoir". Je m'étais un peu amolli dans le mariage. J'essayais de jouer au mari. Et il y avait un gros malentendu. Je vous écris un dimanche pluvieux depuis mes mansardes. Tout pour le cafard. Eh bien non, je me repais de cette solitude devenant précieuse. Je me goinfre de précieux. A l'instar des femmes modernes, je suis en quête d'autonomie. Ca va être l'année du travail. Le stage de survie, c'est la grande expectative." (p. 92-93)

"Et puis il y a l'amour. Où en êtes-vous ? Vous avez peut-être rompu. Ou bien quelqu'un vous a lâché. Vous avez changé de statut. Et ça vous fait drôle de connaître l'intimité d'une personne, ses soupirs, ses murmures, ses audaces, son style, ses grains de beauté, de vous rappeler des choses que ses parents n'aimeraient pas savoir. Et puis du jour au lendemain, c'est l'indifférence, un désir de rapport amical. Alors vous vous sentez comme un motherless child."

"Donc, pour en revenir à ce que je disais, un jour, enfin une nuit, une nuit d'amour, il n'y a pas si longtemps, j'étais dans un lit avec une jeune fille. Et je me demandais si, sans ma célébrité, j'aurais droit à ces ébats, somme toute assez avantageux, parce que, vraiment, c'était bien, c'était très agréable, très excitant, et même émouvant... Je me disais : si j'étais le même, avec un autre métier, est-ce que j'aurais pu m'en faire aimer ? Car il y avait de l'amour, on ne s'en tenait pas qu'à la quête du plaisir. Est ce qu'elle m'aurait aimé, ou au moins essayé ? Je veux dire,à défaut de m'aimer, est-ce qu'elle m'aurait quand même essayé si, avec le même age et la même personnalité, j'étais dentiste ou facteur ? Car je suis facteur.

J'étais donc au creux du lit, dans cette situation somme toute assez banale '(de la Martinique*)... Ah oui il y aura de temps à autre des jeux de mots dans mes propos. Vous savez, certains fantaisistes se les interdisent, d'autres en abusent, moi je serai modéré. Je serai jeux de mots-déré. Ah ah ah, qu'est ce qu'on rigole, avec les jeux de mots ! J'étais dans un situation humaine, naturelle, si ce n'est l'écart d'âge, et dans un coÏt déjà bien avancé. Voilà que la jeune fille me dit : "Je peux te demander un service ?" "Bien sûr" "Est ce que tu veux bien jouir dans ma bouche ?" Étant quelqu'un de serviable, j'ai accepté. Je connaissais ce genre de pratique, bien entendu. J'ai un certain passé. Mais avec elle, c'était le début d'une histoire d"environ un an. [...] On s'est très bien accordés, jusqu'au jour où quelque chose a cloché. Étant un peu vieux, je suis souvent sur le dos, et l'ardente hardeuse fait une grande partie du boulot. Et je vous dis, une belle énergie ! [...]  Elle m'a quitté pour un jeune. J'ai souffert un peu, puis je me suis fait une raison, moi, l'ami de la jeunesse. J'ai fini par me dire qu'elle ne me méritait pas, et ça a été mieux. Égotisme Coué." (p. 192-194)

"J'étais en pleins travaux. J'étais sur un nouveau chantier affectif. et puis ça s'est arrêté. Je veux dire que j'avais fait une rencontre, que j'étais assez touché, que j'y étais allé de ma petite danse et qu'elle, indulgente, se montrait curieuse de ce petit charmeur maladroit. Échange de coordonnées. On s'est vus deux ou trois fois, restaurant, cinéma, c'était un flirt. Tout semblait parti pour qu'on s'essaie. "Tryyyyyyy me." Je lui ai d'ailleurs copié ma selection James Brown,dernière étude. Et puis c'est comme si, simultanément, on s'était mis à ne plus y croire, à en avoir moins envie. Il y avait bien une sympathie mais pas de réelle attirance. Tout se fait trop vite aujourd'hui. Tout, y compris les décristallisations. Pourtant c'était pratique. Nous sommes voisins. Elle habite une rue parallèle à celle du feuilleton d'avant. Si vous êtes lecteur occasionnel, commandez les précédents numéros, je ne vais pas tout refaire. Elle porte le même prénom à deux lettres près. Elle habite le quartier depuis plusieurs années et l'on ne s'était jamais rencontrés. Elle est âgée d'une dizaine d'années de plus que sa voisine et semble tout à fait équilibrée et sans engagement. Il ya vait là quelque chose d'intéressant. De plus ça m'enlevait ce côté Eddie Barclay du pauvre avec tout son pathétique. Il y avait du possible et du non cuit d'avance. Pas de recherche du géniteur qu'il ne serait pas raisonnable que je sois. J'étais content que cette dame soit plus avancée dans la vie que mes habituelles amoureuses -les trois dernières étaient âgées de vingt, vingt-quatre et trente-deux ans - et j'étais presque aussi vieux que maintenant. Elle en a plus de quarante. Mais je crois qu'on va simplement être amis. J'ai l'air comme ça mais je ne cours le jupon que dégagé d'une histoire. Engagé je suis fidèle, je soigne mon existence. Là je pouvais y aller,. Cette décision de me remettre sur le marché est venue d'une fin de contrat tacite avec celle qui m'avait satellisé. Et même casserolisé.  (p. 234-235)

NB Je ne me retiens plus de titrer cet "article" : "Berroyer, la fête de la musique, la fête du slip aussi", un titre ma foi pas si mal pour essayer d'attirer des lecteurs et dépasser les 2 pages vues/jour...

* ou de la Jamaïque !, lire un autre extrait du livre de Berroyer, pas sur le même sujet, ici

Rédigé par Gloubigoulba

Publié dans #infidélité émotionnelle, #littérature

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